Un encart du Lonely Planet fait en deux lignes l´eloge d´Aucapata, petit village lointain flanque de ruines temoignant de la civilisation Mollo, tout juste anterieure aux Incas. Le seul hic, c´est qu´il faut compter 24 h de bus pour y parvenir. J n´est pas tres enclin a faire le saut, mais devant l´insistance d´AJ, on se renseigne : en trois ans, les 24 h de bus semblent avoir fondu de moitie, et les quelques photos trouvees sur internet ont l´air allechantes. Il semble meme qu´il soit possible de rejoindre en quelques jours de marche le village de Sorata, lui-meme a 4 h de bus de La Paz. On se decide donc pour la boucle Aucapata-Sorata-La Paz ; trouver le depart du bus reste assez facile, mais on sillonne La Paz toute la journee pour chercher une carte, sans succes. Juste un vague bout de papier consulte a l´Institut Geographique Militaire avec les lignes de niveau en tres gros et en rouge sans les routes ni les villages. On part donc sans carte ni topo.
Le depart est prevu a 5 h30, mais histoire de se reveiller, on poireaute deux petites heures, le temps pour le chauffeur-mecanicien d´examiner le moteur demonte dans la rue et de proceder aux ultimes reglages du venerable Mercedes. On enjoint aux passagers, qui restent calmes et ponderes, d´en profiter pour prendre le desayuno. Justement, une dame vend dans la rue des empanadas, ainsi qu´un bon jus de quinoa con leche, servi dans un sachet en plastique avec une paille.
On finit par decoller, et rejoindre El Alto n´est deja pas une sinecure dans la circulation naissante du matin. Le bus quitte la ville et on s´endort. Vers 9 h, nouvel arret dans un village ou cette fois ci il est conseille aux gentils passagers de descendre prendre un almuerzo. Ensuite c´est le vrai depart, et bientot apparait le lac Titicaca, avec l´Isla del Sol toute proche. Le bus fait encore quelques pauses, pour que des militaires puissent inspecter le chargement. L´enorme bidon de diesel attache derriere le siege du chauffeur dans l´allee semble poser probleme. Il faudrait le mettre sur le toit mais il n´a plus de bouchon. On palabre, ca passe pour cette fois.
Vers midi, on quitte les rives du lac pour se lancer a l´assaut de la cordillere. La piste franchit un nombre incroyable de cols, perches toujours plus haut, et suit meme une haute crete qui doit depasser les 5000 m vu l´absence de vegetation. En fin de journee, le chauffeur annonce l´ultime et vertigineuse descente sur Aucapata (2750 m), sur une piste qui commence a devenir serieusement confidentielle, avec de l´herbe au milieu. Bien paume, ce gros village, incroyable qu´il soit desservi deux fois par semaine, par une piste aussi acrobatique ! Il semble vivre aujourd´hui principalement des petites mines d´or qui pullulent aux alentours, un peu d´agriculture et sans doute tres marginalement du tourisme. Tres coquet, architecture coloniale et perche tres loin au dessus du rio Mapiri, qui marque la fin de la cordillere royale.
On trouve assez vite l´hospedaje de la famille Albarracin, avec vue imprenable sur les nuages, et patio fleuri de bougainvillees. Ca nous fait bizarre de ne pas avoir froid, depuis le temps qu´on n´etait pas passe sous la barre des 3000 m. Il y a meme des palmiers dans les jardins ! Le dueño nous explique sur un bout de papier comment rejoindre Sorata, et c´est la meilleure carte qu´on connait du coin. Plusieurs voies sont possibles ; on choisit a priori de traverser le rio, 250 m en contrebas des ruines, si le niveau de l´eau le permet, pour ensuite remonter vers Quillabaya de l´autre cote de la vallee, ou parait-il passent souvent des vehicules.
Juan de Dios, le gardien officiel des ruines, nous conduit le lendemain sur le chemin du site d´Iskanwaya, 1000 m en contrebas. Ici, la vegetation est passionnante : on se croirait dans une savane en pente. Les cactus-baton et les cactus-buisson sont legion, envahis par une petite plante grasse ; les acacias en forme de parasols et les mimosas en fleurs piquent aussi. Autour des ruines, le regne des agaves et des bromeliacees commence. On retrouve egalement les tumbos, deja rencontres pres d´Arequipa, dont les gousses laissent echapper une sorte d´ouate immaculee. Des qu´un peu d´eau sourd, une oasis se cree, ou les avocatiers et les manguiers dispensent une ombre bien dense. Dans les creux des ravines, on aperçoit meme des plantations de bananiers et de cannes a sucre.
Mais venons-en a ces fameuses ruines. De loin, on voit bien la partie defrichee du site : quelques murs tiennent encore debout mais on ressent une impression d´abandon, accentuee par le paysage en creux, les parois ravinees de l´immense gorge creusee par le rio. Le site degage une atmosphere grandiose, un peu comme Machu Picchu ou Choquequirao, par son etendue, par l´alliance avec le paysage demesure alentours. Tout est construit sur une pente raide, en terrasses, avec des groupes de maisons, des cours, des allees. Les murs sont tres delicats, faits de schistes et d´ardoises soigneusement assortis. On retrouve les fenetres trapezoidales a l´epreuve des tremblements de terre. Dans chaque piece, un receptacle recouvert d´une epaisse ardoise contenait les restes momifies des enfants et des femmes decedes, dont les ames etaient censees proteger le logis. Des mortiers de granite avec leurs meules sont eparpilles au fil des habitations, ainsi que d´innombrables morceaux de ceramiques, certains sculptes et peints.
Apparemment, ce sont les habitants d´Aucapata qui ont redefriche Iskanwaya eux-memes dernierement, devant le peu d´interet des autorites. Pourtant, le site est immense et on sent qu´avec un effort de restauration, il pourrait etre aussi spectaculaire que les sites les plus visites des Andes !
On est les seuls visiteurs ce jour la, et avec l´orage qui gronde, le ciel qui s´epaissit, l´ambiance est vraiment stupefiante. On derange un petit troupeau de cerfs qui s´enfuit malhabilement entre les cactus. En contrebas, des vols bruyants de perroquets egayent un peu le gris du canyon.
Campement un peu plein d´insectes sur le haut du site, non loin d´un point d´eau qui goutte a goutte. La nuit est belle, douce et etoilee, pour une fois.
Le lendemain, on redescend tout en bas du site, et on poursuit sur un chemin qui mene au fond du canyon, une vraie fournaise. Un replat abrite une vraie oasis avec plantations de coca, de bananes, et zebus paissant au bout d´une corde. Descente abrupte jusqu´au lit du torrent, que l´on remonte jusqu´a ce que des traces de pas nous indiquent un gue possible. On s´immerge jusqu´a mi-cuisses dans l´eau boueuse, avec le baton pour sonder et s´appuyer, ça passe tres bien.
C´est ici que commence une petite galere qui nous emmene le long du rio en rive droite, jusqu´a un passage que J juge infranchissable. Pour en arriver la, il aura fallu s´immerger de plus en plus profond en s´accrochant a la falaise avec de l´eau jusqu´a la taille dans un courant de plus en plus pressant. Mais nos velleites d´Indiana Jones ne seront pas recompensees, et il faudra tout redescendre en sens inverse jusqu´a un chemin qu´on avait meprise a l´aller. Le vent forcit et dechaine des tempetes de sable, on est content de s´eloigner du lit du rio. Plus que 1300 m a gravir pour rejoindre la piste et un hypothetique transport... Heureusement, on trouve une source et un bout de terrain presque plat avant la nuit.
Au matin, le brouillard nous cueille, ce qui est plaisant car ca veut aussi dire absence d´insectes. On trouve assez vite la piste, et un pick-up nous ramasse au bout de deux heures de marche pour nous emmener tambour battant a Sorata. On passe le trajet a discuter avec un mineur tres curieux de "alla, en Francia" ou il aimerait bien aller en vacances lui aussi.
Etape bien plaisante a Sorata, avec palmiers, colibris et perroquets, sous le regard magique de l´Illampu, quelque 4000 metres au dessus. Le temps est un peu trop instable pour tenter des ascensions... un futur camp de base ?
mardi 25 septembre 2007
jeudi 20 septembre 2007
Momentito de plenitud
La Cordillere Royale nous offre un autre tres chouette sommet, le Pequeno Alpamayo, a un demi battement d'aile de condor du Huayna Potosi.
Depuis le minuscule village de Tuni, a environ 4300 m, ou on arrive honteusement en taxi, le camp de base, a 4700 m, s'atteint en 2h30 de marche. Un grand lac artificiel apparemment bourre de "chimicos" (on ne peut ni s'y baigner, ni y pecher) est borde a l'horizon de quelques nevados impressionnants, dont l'imposant Huayna, isole et massif, sa face ouest degorgeant de seracs en equilibre. A-t-on vraiment ete tout la haut ?
Un peu au dela du lac, une vallee des plus mignonnes nous accueille, habitee en bas, plus sauvage en haut, mais amenagee pour la foule de touristes qui viennent en saison seche se frotter a l'une des grandes classiques de la Cordillere Royale.
Le sentier en balcon traverse des "alpages" d'ichu, perches au-dessus d'une serie de lacs, cette fois naturels, qui ont un air de Sept-Laux.
Il fait encore beau en ce milieu de journee. Meme si notre objectif reste obstinement cache dans les nuages, le Condoriri, 5700 m, se laisse quant a lui admirer sans pudeur. Cette montagne est vraiment magnifique, avec ses deux fleches separees par un large col, qui surplombe un glacier en proie aux chutes de seracs et une gigantesque moraine, qui n'a pas vraiment l'air accueillante. La crete terminale pour rejoindre le sommet principal est une arete tres raide a la ligne parfaite. L'ascension de l'ensemble a l'air de loin assez jouissive, mais on n'a pas le niveau pour s'y aventurer seuls. Ce serait cool de trouver un guide a embaucher pour demain ou apres demain au Campo Base.
On campera un peu plus haut, seuls, dans une sorte de cirque morainique, ou on deniche un enclos en pierres seches, parfait pour nous abriter du vent cinglant. Quelques touristes descendent du Pequeno Alpamayo, et pourtant il est tard : presque 15 h. Et revoila le compadre Chileno avec qui on avait partage le dortoir du refuge au Huayna, cette fois accompagne d'un guide, lequel nous informe distraitement qu'une broche a glace est necessaire pour redescendre l'arete terminale. Ils avaient prevu de grimper au Condoriri, mais il parait que les recentes chutes de neige ont trop alourdi la pente et que les risques d'avalanche sont forts. Adieu l'idee de gravir ce sommet magnifique... Deux espagnols suivent, qui sont partis a 8 h ce matin, et qui n'ont pas utilise de broche, ni la corde d'ailleurs, qu'ils ont gardee au chaud dans le sac ! Rassures, on se dit que la verite doit etre entre les deux...
A l'abri du vent dans l'enclos, la fin d'apres-midi se deroule tranquillement, meme si les nuages nous empechent de reperer le haut de l'itineraire. Mais la trace sur le glacier est tellement visible, ainsi que le chemin pour y acceder, qu'il n'y a pas beaucoup de soucis a se faire pour le lendemain, meme de nuit. On ressent a ce campement une ambiance nettement alpine, et le cirque nous fait penser violemment aux Evettes... Nostalgie des Alpes, ou bien la haute montagne laisse-t-elle moins de prise a l'exotisme ?
Contrairement a la nuit passee dernierement au refuge, on dort tres bien, tellement qu'on se reveille une demi-heure plus tard que prevu. Ce n'est pas un drame, la tente est pliee tranquillement pendant que l'eau du petit dejeuner chauffe, et vers 4h45 nous voila partis dans la nuit. Sur le haut du glacier, une cordee scintille telle une etoile perdue trop bas.
On camoufle nos affaires superflues sous un bon gros caillou repere la veille, et on prend vite pied sur le glacier enneige. La trace contourne quelques belles crevasses pendant qu'au loin, au-dessus de la jungle, des orages se dechainent. Les saccades d'eclairs laissent deviner une espece de brume, qui semble ramper sur les cretes.
A l'aube, on arrive au col et c'est chose faite, le brouillard nous a happes. On est un peu triste et vert, mais on continue quand meme en traversant quelques jolies crevasses pour atteindre un petit sommet rocailleux, ou se reposent les deux cordees guide-chica qui nous precedent. Petite descente en rocher jusqu'a un col ou on retrouve la neige, et O joie le soleil ! Le sommet se devoile miraculeusement, concluant une tres belle arete neigeuse. La Pachamama nous accorde une bonne heure de repit entre deux bancs de nuages, le temps de rejoindre le sommet, de s'y dorer au soleil et de s'abandonner a la contemplation. On se croirait en plein vol au-dessus d'une cordillere immense et farouche, envahie en douceur par les nuages conquistadors a tous les etages du ciel. Le soleil s'y reflete, avec des teintes argentees et dorees. D'un cote trone l'immanquable Huayna Potosi, de l'autre les sommets tous proches du Condoriri et au-dela jusqu'au majestueux Illampu. Au loin, la mer de nuages sur les Yungas et un ciel de plomb menacant sur l'Altiplano.
Il faut s'arracher a ce moment de plenitude pour esperer descendre avant que le brouillard ne se redeploie. Retour par le meme itineraire : les crevasses prennent de l'ampleur, avec les sommets en toile de fond.
Au pied du glacier, un enorme coup de tonnerre nous fait fremir, et des rideaux de gros flocons bien compacts s'ecrasent en masse sur le sol. En cinq minutes, les pentes sont blanchies, alors qu'on recupere nos affaires, saines et sauves dans leur cachette. Plus loin, les lamas se laissent recouvrir paisiblement par ce coton un peu froid tout en ruminant. On s'installe pour le pique-nique au creux d'un rocher au bord du lac du camp de base. Des millions de petites mouches inattendues se ruent a l'assaut des berges humides, sans doutes passees a l'instant de leur vie de larve aquatique a celle d'ephemere volatile. Les hirondelles font bombance en les cueillant au ras de l'eau et des pierres.
Retour a Tuni sans histoire, les giboulees disparaissent et les versants joliment blanchis comme par l'automne chez nous reprennent leur couleur de printemps.
Honteusement cales dans le taxi du retour, on se retourne souvent jusqu'a voir s'effacer les sommets a l'entree dans El Alto.
Depuis le minuscule village de Tuni, a environ 4300 m, ou on arrive honteusement en taxi, le camp de base, a 4700 m, s'atteint en 2h30 de marche. Un grand lac artificiel apparemment bourre de "chimicos" (on ne peut ni s'y baigner, ni y pecher) est borde a l'horizon de quelques nevados impressionnants, dont l'imposant Huayna, isole et massif, sa face ouest degorgeant de seracs en equilibre. A-t-on vraiment ete tout la haut ?
Un peu au dela du lac, une vallee des plus mignonnes nous accueille, habitee en bas, plus sauvage en haut, mais amenagee pour la foule de touristes qui viennent en saison seche se frotter a l'une des grandes classiques de la Cordillere Royale.
Le sentier en balcon traverse des "alpages" d'ichu, perches au-dessus d'une serie de lacs, cette fois naturels, qui ont un air de Sept-Laux.
Il fait encore beau en ce milieu de journee. Meme si notre objectif reste obstinement cache dans les nuages, le Condoriri, 5700 m, se laisse quant a lui admirer sans pudeur. Cette montagne est vraiment magnifique, avec ses deux fleches separees par un large col, qui surplombe un glacier en proie aux chutes de seracs et une gigantesque moraine, qui n'a pas vraiment l'air accueillante. La crete terminale pour rejoindre le sommet principal est une arete tres raide a la ligne parfaite. L'ascension de l'ensemble a l'air de loin assez jouissive, mais on n'a pas le niveau pour s'y aventurer seuls. Ce serait cool de trouver un guide a embaucher pour demain ou apres demain au Campo Base.
On campera un peu plus haut, seuls, dans une sorte de cirque morainique, ou on deniche un enclos en pierres seches, parfait pour nous abriter du vent cinglant. Quelques touristes descendent du Pequeno Alpamayo, et pourtant il est tard : presque 15 h. Et revoila le compadre Chileno avec qui on avait partage le dortoir du refuge au Huayna, cette fois accompagne d'un guide, lequel nous informe distraitement qu'une broche a glace est necessaire pour redescendre l'arete terminale. Ils avaient prevu de grimper au Condoriri, mais il parait que les recentes chutes de neige ont trop alourdi la pente et que les risques d'avalanche sont forts. Adieu l'idee de gravir ce sommet magnifique... Deux espagnols suivent, qui sont partis a 8 h ce matin, et qui n'ont pas utilise de broche, ni la corde d'ailleurs, qu'ils ont gardee au chaud dans le sac ! Rassures, on se dit que la verite doit etre entre les deux...
A l'abri du vent dans l'enclos, la fin d'apres-midi se deroule tranquillement, meme si les nuages nous empechent de reperer le haut de l'itineraire. Mais la trace sur le glacier est tellement visible, ainsi que le chemin pour y acceder, qu'il n'y a pas beaucoup de soucis a se faire pour le lendemain, meme de nuit. On ressent a ce campement une ambiance nettement alpine, et le cirque nous fait penser violemment aux Evettes... Nostalgie des Alpes, ou bien la haute montagne laisse-t-elle moins de prise a l'exotisme ?
Contrairement a la nuit passee dernierement au refuge, on dort tres bien, tellement qu'on se reveille une demi-heure plus tard que prevu. Ce n'est pas un drame, la tente est pliee tranquillement pendant que l'eau du petit dejeuner chauffe, et vers 4h45 nous voila partis dans la nuit. Sur le haut du glacier, une cordee scintille telle une etoile perdue trop bas.
On camoufle nos affaires superflues sous un bon gros caillou repere la veille, et on prend vite pied sur le glacier enneige. La trace contourne quelques belles crevasses pendant qu'au loin, au-dessus de la jungle, des orages se dechainent. Les saccades d'eclairs laissent deviner une espece de brume, qui semble ramper sur les cretes.
A l'aube, on arrive au col et c'est chose faite, le brouillard nous a happes. On est un peu triste et vert, mais on continue quand meme en traversant quelques jolies crevasses pour atteindre un petit sommet rocailleux, ou se reposent les deux cordees guide-chica qui nous precedent. Petite descente en rocher jusqu'a un col ou on retrouve la neige, et O joie le soleil ! Le sommet se devoile miraculeusement, concluant une tres belle arete neigeuse. La Pachamama nous accorde une bonne heure de repit entre deux bancs de nuages, le temps de rejoindre le sommet, de s'y dorer au soleil et de s'abandonner a la contemplation. On se croirait en plein vol au-dessus d'une cordillere immense et farouche, envahie en douceur par les nuages conquistadors a tous les etages du ciel. Le soleil s'y reflete, avec des teintes argentees et dorees. D'un cote trone l'immanquable Huayna Potosi, de l'autre les sommets tous proches du Condoriri et au-dela jusqu'au majestueux Illampu. Au loin, la mer de nuages sur les Yungas et un ciel de plomb menacant sur l'Altiplano.
Il faut s'arracher a ce moment de plenitude pour esperer descendre avant que le brouillard ne se redeploie. Retour par le meme itineraire : les crevasses prennent de l'ampleur, avec les sommets en toile de fond.
Au pied du glacier, un enorme coup de tonnerre nous fait fremir, et des rideaux de gros flocons bien compacts s'ecrasent en masse sur le sol. En cinq minutes, les pentes sont blanchies, alors qu'on recupere nos affaires, saines et sauves dans leur cachette. Plus loin, les lamas se laissent recouvrir paisiblement par ce coton un peu froid tout en ruminant. On s'installe pour le pique-nique au creux d'un rocher au bord du lac du camp de base. Des millions de petites mouches inattendues se ruent a l'assaut des berges humides, sans doutes passees a l'instant de leur vie de larve aquatique a celle d'ephemere volatile. Les hirondelles font bombance en les cueillant au ras de l'eau et des pierres.
Retour a Tuni sans histoire, les giboulees disparaissent et les versants joliment blanchis comme par l'automne chez nous reprennent leur couleur de printemps.
Honteusement cales dans le taxi du retour, on se retourne souvent jusqu'a voir s'effacer les sommets a l'entree dans El Alto.
dimanche 16 septembre 2007
Petite bouffee d'oxygene au-dessus de 6000 m
Les treks de l'Ausangate et du Salkantay nous avaient donne des envies d'ascensions glaciaires... Autour de La Paz, les nevados pullulent ; le Huayna Potosi, 6088 m, est l'un des plus accessibles, avec un campement alto en refuge a 5100 m.
On passe une bonne journee a La Paz pour preparer l'equipee. Finalement, on se decide a y aller sans guide ; on loue juste le materiel et le taxi, car les transports publics n'ont pas l'air facile a trouver. Le "carro" doit venir nous chercher a 8 h le lendemain. On attend 1 h, 2 h , toujours rien. Heureusement qu'il y a internet a l'hotel, ça decontracte pendant l'attente...
Apres quelques coups de fil, dont un, le dernier, rageur et menaçant, quelqu'un vient ! C'est un guide de l'agence, il nous emmene en taxi a El Alto, la haute banlieue de La Paz. On y recupere le matos chez Genero, le guide qui gere l'agence ; depuis sa cuisine, belle vue sur l'Illimani, un sommet emblematique du coin a 6400 m. Tout y est : piolets, crampons, corde, baudriers, coques plastique et pieu a neige. Il manque juste les antibottes pour AJ, mais Genero nous invite a decouper une bouteille de plastique pour confectionner une paire de secours.
Nous voila partis vers la Casa Blanca, un des camps de base du Huayna Potosi, a 1h30 de piste de El Alto. Le paysage defile, austere et nu, le ciel un poil trop pres du sol, pendant qu'on devore des salteñas au poulet a l'arriere du taxi. Assez vite, les montagnes convoitees se devoilent, entre deux bancs de nuages. La piste mene a une centrale electrique qui alimente la Paz, et traverse un village fantome attenant a une ancienne mine d'or. En bordure de piste, un alignement de tombes est du plus bel effet devant le sommet Sud du Huayna Potosi... Le chauffeur, charmant papa gateau aujourd'hui accompagne par sa petite fille, nous explique qu'a la Toussaint (Todos Los Santos), une fete s'y deroule pour honorer les morts de la mine.
Debarques du taxi avec armes et bagages, la montee au Campo de las Rocas commence. On est deja tres haut, a plus de 4700m, et la frange du "glaciar viejo" s'atteint assez vite par un excellent chemin. Puis, il faut rejoindre le sommet d'une moraine, et grimper dans des eboulis empetres de neige jusqu'au refuge. Tout autour, c'est la haute montagne dans toute sa splendeur (y compris ligne a haute tension, barrage, conduite forcee) et la tempete de nuages commence a sevir. Le petit refuge, tout neuf mais un peu glacial, n'est habite que par son gardien qui aspire a la carriere de guide en s'entrainant au ski de rando. Le reste de l'annee (a partir d'octobre jusqu'en avril), il est soit chauffeur de camion, soit receveur dans un des innombrables combis de La Paz. Quelques heures plus tard, un chilien solitaire rejoint egalement l'abri, autour duquel la neige commence a tomber. Un couple de hollandais, accompagnes par un guide bolivien, va camper un peu au dessus.
Apres-midi detente, lecture, grignottage, degustation de mate de coca, observation de la souris du refuge et confection des antibottes. On se calfeutre dans les duvets a 19h alors que le ciel se degage.
Impossible pour nous de dormir, sans doute l'altitude et la perspective de devoir se lever vers 2h du matin... le reveil sonne comme une liberation : banzai ! C'est parti pour pres de 4h d'ascension dans une nuit noire a couper a la frontale. On prend pied sur le glacier a la porte du refuge ; des eclairs dechirent par instants le ciel a l'est et au nord, mais heureusement pas de coups de tonnerre, ça doit etre loin.
Apres une heure de montee a l'aveugle, le faisceau braque sur une trace aussi large qu'un camino Inca, on atteint un vaste replat entoure de crevasses, sans doute le Campamento Argentino. Au sud, les lumieres de El Alto scintillent comme par magie, on se sent moins seuls. Puis on rattrape les hollandais au niveau d'un petit raidillon au dessus d'une crevasse, mais on les laisse passer devant, c'est plus prudent, ils ont un guide... En plus on commence a se rendre compte qu'on est un peu en avance et qu'on risque d'arriver trop tot au sommet ! Apres ce ressaut, le froid et le vent nous saisissent et les pauses sont sautillantes. Un peu etrange voire frustrant de marcher comme ca en pleine nuit sur une montagne inconnue, meme pas vue de jour.
Vers 5h30 enfin, une vague lueur apparait a l'horizon encadree par deux monstrueux cumulonimbus, et on eteint bientot les feux. Une derniere pente tres crevassee et couverte de bebes penitents nous amene a l'arete terminale, un peu aerienne. On atteint le sommet un peu avant que le soleil ne l'effleure, vers 6h du matin. Merci a la hollandaise anonyme pour ses bonbons-pates de fruit ! La vue est tres panoramique : l'altiplano desertique avec des lacs bleu-nuit, l'ensemble de la Cordillere royale, El Alto qui s'eveille et qui s'eteint, une vaste mer de nuages sur les Yungas.
Entre le froid qui persiste et le soleil qui rechauffe les pentes en dessous, on ne s'attarde pas et on entame la descente, en direct dans la pente croutee sans faire le detour par l'arete. On decouvre les recoins du glacier en plein jour, la forme des crevasses, le volume des seracs, et l'impressionnante "ruta francesa" qui mene au sommet Sud, ou des traces de ski temoignent d'une belle descente recente.
Retour au refuge a 9h, la tete un peu a l'envers : qu'est ce qu'on va bien pouvoir faire de la journee, avec un taxi de retour prevu a 15h ?
Finalement, comme le froid a definitivement pris possession de la cabane, ce sera redescente vers Casa Blanca, appel du taxi pour qu'il vienne plus tot, glandouille dans l'herbe et la couverture de survie en attendant, puis douche chaude !
On passe une bonne journee a La Paz pour preparer l'equipee. Finalement, on se decide a y aller sans guide ; on loue juste le materiel et le taxi, car les transports publics n'ont pas l'air facile a trouver. Le "carro" doit venir nous chercher a 8 h le lendemain. On attend 1 h, 2 h , toujours rien. Heureusement qu'il y a internet a l'hotel, ça decontracte pendant l'attente...
Apres quelques coups de fil, dont un, le dernier, rageur et menaçant, quelqu'un vient ! C'est un guide de l'agence, il nous emmene en taxi a El Alto, la haute banlieue de La Paz. On y recupere le matos chez Genero, le guide qui gere l'agence ; depuis sa cuisine, belle vue sur l'Illimani, un sommet emblematique du coin a 6400 m. Tout y est : piolets, crampons, corde, baudriers, coques plastique et pieu a neige. Il manque juste les antibottes pour AJ, mais Genero nous invite a decouper une bouteille de plastique pour confectionner une paire de secours.
Nous voila partis vers la Casa Blanca, un des camps de base du Huayna Potosi, a 1h30 de piste de El Alto. Le paysage defile, austere et nu, le ciel un poil trop pres du sol, pendant qu'on devore des salteñas au poulet a l'arriere du taxi. Assez vite, les montagnes convoitees se devoilent, entre deux bancs de nuages. La piste mene a une centrale electrique qui alimente la Paz, et traverse un village fantome attenant a une ancienne mine d'or. En bordure de piste, un alignement de tombes est du plus bel effet devant le sommet Sud du Huayna Potosi... Le chauffeur, charmant papa gateau aujourd'hui accompagne par sa petite fille, nous explique qu'a la Toussaint (Todos Los Santos), une fete s'y deroule pour honorer les morts de la mine.
Debarques du taxi avec armes et bagages, la montee au Campo de las Rocas commence. On est deja tres haut, a plus de 4700m, et la frange du "glaciar viejo" s'atteint assez vite par un excellent chemin. Puis, il faut rejoindre le sommet d'une moraine, et grimper dans des eboulis empetres de neige jusqu'au refuge. Tout autour, c'est la haute montagne dans toute sa splendeur (y compris ligne a haute tension, barrage, conduite forcee) et la tempete de nuages commence a sevir. Le petit refuge, tout neuf mais un peu glacial, n'est habite que par son gardien qui aspire a la carriere de guide en s'entrainant au ski de rando. Le reste de l'annee (a partir d'octobre jusqu'en avril), il est soit chauffeur de camion, soit receveur dans un des innombrables combis de La Paz. Quelques heures plus tard, un chilien solitaire rejoint egalement l'abri, autour duquel la neige commence a tomber. Un couple de hollandais, accompagnes par un guide bolivien, va camper un peu au dessus.
Apres-midi detente, lecture, grignottage, degustation de mate de coca, observation de la souris du refuge et confection des antibottes. On se calfeutre dans les duvets a 19h alors que le ciel se degage.
Impossible pour nous de dormir, sans doute l'altitude et la perspective de devoir se lever vers 2h du matin... le reveil sonne comme une liberation : banzai ! C'est parti pour pres de 4h d'ascension dans une nuit noire a couper a la frontale. On prend pied sur le glacier a la porte du refuge ; des eclairs dechirent par instants le ciel a l'est et au nord, mais heureusement pas de coups de tonnerre, ça doit etre loin.
Apres une heure de montee a l'aveugle, le faisceau braque sur une trace aussi large qu'un camino Inca, on atteint un vaste replat entoure de crevasses, sans doute le Campamento Argentino. Au sud, les lumieres de El Alto scintillent comme par magie, on se sent moins seuls. Puis on rattrape les hollandais au niveau d'un petit raidillon au dessus d'une crevasse, mais on les laisse passer devant, c'est plus prudent, ils ont un guide... En plus on commence a se rendre compte qu'on est un peu en avance et qu'on risque d'arriver trop tot au sommet ! Apres ce ressaut, le froid et le vent nous saisissent et les pauses sont sautillantes. Un peu etrange voire frustrant de marcher comme ca en pleine nuit sur une montagne inconnue, meme pas vue de jour.
Vers 5h30 enfin, une vague lueur apparait a l'horizon encadree par deux monstrueux cumulonimbus, et on eteint bientot les feux. Une derniere pente tres crevassee et couverte de bebes penitents nous amene a l'arete terminale, un peu aerienne. On atteint le sommet un peu avant que le soleil ne l'effleure, vers 6h du matin. Merci a la hollandaise anonyme pour ses bonbons-pates de fruit ! La vue est tres panoramique : l'altiplano desertique avec des lacs bleu-nuit, l'ensemble de la Cordillere royale, El Alto qui s'eveille et qui s'eteint, une vaste mer de nuages sur les Yungas.
Entre le froid qui persiste et le soleil qui rechauffe les pentes en dessous, on ne s'attarde pas et on entame la descente, en direct dans la pente croutee sans faire le detour par l'arete. On decouvre les recoins du glacier en plein jour, la forme des crevasses, le volume des seracs, et l'impressionnante "ruta francesa" qui mene au sommet Sud, ou des traces de ski temoignent d'une belle descente recente.
Retour au refuge a 9h, la tete un peu a l'envers : qu'est ce qu'on va bien pouvoir faire de la journee, avec un taxi de retour prevu a 15h ?
Finalement, comme le froid a definitivement pris possession de la cabane, ce sera redescente vers Casa Blanca, appel du taxi pour qu'il vienne plus tot, glandouille dans l'herbe et la couverture de survie en attendant, puis douche chaude !
mercredi 12 septembre 2007
Escale mediterraneenne
On quitte Cusco a regrets, surtout qu'on vient de denicher un cineclub juste en face de notre logis, et on se repait de la seance de fin aout, pendant 5 h, a visionner des courts metrages hispaniques et 2 films : Edward aux mains d'argent et la Vie des Autres, car la thematique du mois c'est le voyeurisme, l'espionnage, le regard. Drole de coincidence : La Vie des Autres, c'est justement le dernier film qu´on a vu en France, en bonne compagnie, au cineclub du Bourget du Lac.
Pour feter dignement notre depart de cette ville mythique, il a fallu faire la tournee des boites, histoire de se dandiner un peu : 3 ambiances differentes, l'une salsa branchouille puis disco, l'autre trip hop latino populo et la troisieme carrement new yorkaise. On croyait que les gringos avaient quitte Cusco, mais en fait ils vivent la nuit, a la Mama Africa ! Ici on danse la salsa portoricaine et pas cubaine, et J a du mal a assurer avec ses danseuses peruviennes.
Direction Puno, ou souffle un air de Patagonie, avec le vent froid et la mer toute proche : il semble bien que la saison des pluies soit en train de prendre possession de l'altiplano. La ville nous parait un peu miteuse, surtout apres deux mois de Cusco... Seule la cathedrale, qu'on visite de loin pendant l'office, en meme temps que deux chiens qui se battent et aboient, detonne par son apect massif et baroque. Il y a aussi la casa du Corregidor, petite enclave charmante orange vif et fleurie qui abrite un magasin de commerce equitable. Les chulpas de Cutimbo (tombes incas et preincas en forme de tours monumentales) nous attirent l'espace d'une apres midi. On s'y promene seuls, au sommet d'un plateau volcanique isole au milieu d'une grande plaine, en essuyant un orage de grele memorable. A la base du plateau, quelques peintures rupestres figurant vaguement des lamas... pas du niveau de la grotte Chauvet !
Le soir, on se fait aguicher par les entraineuses de rue dans un restau "touristique" infect avec soupe en sachet, truite avariee et legumes congeles, ingredients qui dans la nuit se transforment en tourista petante dans l'estomac d'AJ. On regrette cette entorse a la routine ; d'habitude, on dine dans des restau populaires a plat unique, la cena, composee immanquablement d'une tres souvent delicieuse sopa et d'un segundo a base de frites et de riz, agremente de poulet ou d'une autre viande.
Malgre tout, le lendemain, AJ se traine au port (en velo-taxi bien decore), ou on embarque en direction de la peninsule de Llachon. Il a fallu negocier dur car ce n'est pas la destination traditionnelle : le bateau, qui dessert les iles d'Amantani et de Taquile, doit faire un detour pour nous deposer.
AJ, recroquevillee au fond du bateau, somnole pendant que les roselieres defilent ; escale obligee aux fameuses iles flottantes Uros. Elles abritent chacune plusieurs familles, et sont faites de couches superposees de roseaux (le totora), qui reposent sur un socle de tourbe, lui-meme accroche au fond du lac. Le tout est fort moelleux, tres agreable pour s'allonger et glandouiller au soleil. Vers midi, le bateau nous depose pres de Llachon, ou on trouve facilement un hebergement chez l'habitant : une bonne partie des maisons disposent d'une annexe a usage touristique, tres bien construite et tres agreable, avec petite cour, rosiers et vue sur la mer. Notre hote, qui voit bien qu'AJ va mal, nous sert d'office un mate de muña, fleur blanche des talus reputee soigner les maux de ventre. Au cas ou, il nous laisse aussi quelques feuilles de coca !
Presque trois jours se passent tranquillement, mais peu agreablement pour AJ dont l'etat ne s'arrange pas franchement. On reussit quand meme a se promener un peu ensemble, au ralenti, dans un univers tres mediterraneen : garrigue, terrasses, iles pelees, flots bleus a perte de vue. On s'imagine tout a fait au bord de l'Adriatrique, avec moins d'allemands. Quelques voiliers charges de totora effleurent les eaux du lac ; pas mal de petits bateaux a moteurs aussi, pour le transport de passagers. Le matin et le soir, les barques colorees sortent a la rame pour relever les filets. L'atmosphere est calme, detendue, la vie s'ecoule paisiblement.
Retour a Puno par voie terrestre (une roue crevee, une !) ou on passe encore une nuit bien obliges car il faut aller voir le medecin magicien, qui guerit AJ en 10 pilules, et on se prepare a changer de pays. On s'attendait a des formalites penibles, a des douaniers grognons voire vereux... et pas du tout. Le passage de frontiere le plus agreable de notre vie. Le bus nous depose devant les douanes peruviennes, et nous recupere 200 m plus loin apres les douanes boliviennes. Entre les deux, c'est la fete, la foire internationale de Yunguyo, avec une multitude de vendeurs ambulants de n'importe quoi et des defiles. La route est bloquee un bon moment par la procession des transporteurs, qui defilent en fanfare et en grands habits, danse et musique. Beaucoup de danseurs, hommes et femmes, sont deguises de masques grotesques et de chaussures carnavalesques, et jouent d'une crecelle en forme d'autobus !
De l'autre cote de la frontiere, c'est Copacabana (en Bolivie!) ; petit depaysement malgre la langue qui ne change pas, dans les details des rues, des batiments, des conversations, des vehicules et notamment les bus qui ont ici l'air tres debonnaire des vieux Dodge.
L'Isla del Sol est la destination incontournable, a 2h en vedette depuis Copacabana. On s'y achemine a pied en longeant la peninsule, en traversant des collines seches parfois plantees d'eucalyptus, des petits villages de bord de mer, avec des barques en totora sur la greve et de jolies petites baies plantees de roseaux. Le relief est a la fois doux et brutal, on deniche un petit bout de camino Inca... Au bout de la presqu'ile, a Yampupata, un passeur nous amene a la pointe sud de l'ile a la rame, en insistant bien pour nous montrer que ca le fatigue et qu'il apprecierait 5 Bolivianos en supplement... Sur l'Isla del Sol, ambiance encore plus tranquille, les odeurs de maquis sont saisissantes, et depuis la crete, la vue est panoramique sur le lac, sa rive peruvienne, et les grands sommets de la Cordillere Royale de l'autre cote. Non loin, la petite Isla de la Luna a des allures de Scandola, avec son pan de falaise rouge vif. De gros nuages s'ammoncellent cependant toute la journee, et le soir vers 20h, c'est invariablement la pluie et l'orage. On en essuie notamment un effroyable en milieu de nuit, avec des deflagrations si proches que ca nous donne "les abeilles". Le Lac a un cote Dr Jekyll et Mr Hyde, tres calme, d'huile, chaud et ensoleille le jour, et bruyant, sombre avec des clapots quand vient le soir. On y passe trois nuits, en campant sur trois plages differentes, assez idylliques ; J arrive meme a piquer une tete dans l'eau assez fraiche, un soir. L'atmosphere est a la detente dans un univers vraiment attachant : les terrasses, les rochers, l'eau en contrebas, les ilots alentours, dessinent un camaieu de couleurs pastels, tres douces. Pas un insecte malfaisant. L'Ile a une forme de vaisseau spatial, avec des recoins tres sauvages, des pointes tres effilees, des baies profondes et sablonneuses, et tout un versant tres habite. Ses dimensions sont faibles, mais on y fait un petit bout de chemin, avec moultes montees et descentes entre la cote a 3800m et les cretes a 4100... Sur une plage du bout de l'ile, sous les ruines preincas du Labirinto, on rencontre un campeur solitaire flamand et voyageur au long cours, Ton, qui passe ici des jours tranquilles "a ne rien faire". Il se dirige comme nous vers la Patagonie...
Cette escale ensoleillee avait des airs de vacances dans les vacances. L'arrivee pluvieuse et froide a La Paz est deboussolante, et fait quant a elle un peu rentree scolaire : bruit, foule, etendue urbaine, trafic dans les rues en pente.
Pour feter dignement notre depart de cette ville mythique, il a fallu faire la tournee des boites, histoire de se dandiner un peu : 3 ambiances differentes, l'une salsa branchouille puis disco, l'autre trip hop latino populo et la troisieme carrement new yorkaise. On croyait que les gringos avaient quitte Cusco, mais en fait ils vivent la nuit, a la Mama Africa ! Ici on danse la salsa portoricaine et pas cubaine, et J a du mal a assurer avec ses danseuses peruviennes.
Direction Puno, ou souffle un air de Patagonie, avec le vent froid et la mer toute proche : il semble bien que la saison des pluies soit en train de prendre possession de l'altiplano. La ville nous parait un peu miteuse, surtout apres deux mois de Cusco... Seule la cathedrale, qu'on visite de loin pendant l'office, en meme temps que deux chiens qui se battent et aboient, detonne par son apect massif et baroque. Il y a aussi la casa du Corregidor, petite enclave charmante orange vif et fleurie qui abrite un magasin de commerce equitable. Les chulpas de Cutimbo (tombes incas et preincas en forme de tours monumentales) nous attirent l'espace d'une apres midi. On s'y promene seuls, au sommet d'un plateau volcanique isole au milieu d'une grande plaine, en essuyant un orage de grele memorable. A la base du plateau, quelques peintures rupestres figurant vaguement des lamas... pas du niveau de la grotte Chauvet !
Le soir, on se fait aguicher par les entraineuses de rue dans un restau "touristique" infect avec soupe en sachet, truite avariee et legumes congeles, ingredients qui dans la nuit se transforment en tourista petante dans l'estomac d'AJ. On regrette cette entorse a la routine ; d'habitude, on dine dans des restau populaires a plat unique, la cena, composee immanquablement d'une tres souvent delicieuse sopa et d'un segundo a base de frites et de riz, agremente de poulet ou d'une autre viande.
Malgre tout, le lendemain, AJ se traine au port (en velo-taxi bien decore), ou on embarque en direction de la peninsule de Llachon. Il a fallu negocier dur car ce n'est pas la destination traditionnelle : le bateau, qui dessert les iles d'Amantani et de Taquile, doit faire un detour pour nous deposer.
AJ, recroquevillee au fond du bateau, somnole pendant que les roselieres defilent ; escale obligee aux fameuses iles flottantes Uros. Elles abritent chacune plusieurs familles, et sont faites de couches superposees de roseaux (le totora), qui reposent sur un socle de tourbe, lui-meme accroche au fond du lac. Le tout est fort moelleux, tres agreable pour s'allonger et glandouiller au soleil. Vers midi, le bateau nous depose pres de Llachon, ou on trouve facilement un hebergement chez l'habitant : une bonne partie des maisons disposent d'une annexe a usage touristique, tres bien construite et tres agreable, avec petite cour, rosiers et vue sur la mer. Notre hote, qui voit bien qu'AJ va mal, nous sert d'office un mate de muña, fleur blanche des talus reputee soigner les maux de ventre. Au cas ou, il nous laisse aussi quelques feuilles de coca !
Presque trois jours se passent tranquillement, mais peu agreablement pour AJ dont l'etat ne s'arrange pas franchement. On reussit quand meme a se promener un peu ensemble, au ralenti, dans un univers tres mediterraneen : garrigue, terrasses, iles pelees, flots bleus a perte de vue. On s'imagine tout a fait au bord de l'Adriatrique, avec moins d'allemands. Quelques voiliers charges de totora effleurent les eaux du lac ; pas mal de petits bateaux a moteurs aussi, pour le transport de passagers. Le matin et le soir, les barques colorees sortent a la rame pour relever les filets. L'atmosphere est calme, detendue, la vie s'ecoule paisiblement.
Retour a Puno par voie terrestre (une roue crevee, une !) ou on passe encore une nuit bien obliges car il faut aller voir le medecin magicien, qui guerit AJ en 10 pilules, et on se prepare a changer de pays. On s'attendait a des formalites penibles, a des douaniers grognons voire vereux... et pas du tout. Le passage de frontiere le plus agreable de notre vie. Le bus nous depose devant les douanes peruviennes, et nous recupere 200 m plus loin apres les douanes boliviennes. Entre les deux, c'est la fete, la foire internationale de Yunguyo, avec une multitude de vendeurs ambulants de n'importe quoi et des defiles. La route est bloquee un bon moment par la procession des transporteurs, qui defilent en fanfare et en grands habits, danse et musique. Beaucoup de danseurs, hommes et femmes, sont deguises de masques grotesques et de chaussures carnavalesques, et jouent d'une crecelle en forme d'autobus !
De l'autre cote de la frontiere, c'est Copacabana (en Bolivie!) ; petit depaysement malgre la langue qui ne change pas, dans les details des rues, des batiments, des conversations, des vehicules et notamment les bus qui ont ici l'air tres debonnaire des vieux Dodge.
L'Isla del Sol est la destination incontournable, a 2h en vedette depuis Copacabana. On s'y achemine a pied en longeant la peninsule, en traversant des collines seches parfois plantees d'eucalyptus, des petits villages de bord de mer, avec des barques en totora sur la greve et de jolies petites baies plantees de roseaux. Le relief est a la fois doux et brutal, on deniche un petit bout de camino Inca... Au bout de la presqu'ile, a Yampupata, un passeur nous amene a la pointe sud de l'ile a la rame, en insistant bien pour nous montrer que ca le fatigue et qu'il apprecierait 5 Bolivianos en supplement... Sur l'Isla del Sol, ambiance encore plus tranquille, les odeurs de maquis sont saisissantes, et depuis la crete, la vue est panoramique sur le lac, sa rive peruvienne, et les grands sommets de la Cordillere Royale de l'autre cote. Non loin, la petite Isla de la Luna a des allures de Scandola, avec son pan de falaise rouge vif. De gros nuages s'ammoncellent cependant toute la journee, et le soir vers 20h, c'est invariablement la pluie et l'orage. On en essuie notamment un effroyable en milieu de nuit, avec des deflagrations si proches que ca nous donne "les abeilles". Le Lac a un cote Dr Jekyll et Mr Hyde, tres calme, d'huile, chaud et ensoleille le jour, et bruyant, sombre avec des clapots quand vient le soir. On y passe trois nuits, en campant sur trois plages differentes, assez idylliques ; J arrive meme a piquer une tete dans l'eau assez fraiche, un soir. L'atmosphere est a la detente dans un univers vraiment attachant : les terrasses, les rochers, l'eau en contrebas, les ilots alentours, dessinent un camaieu de couleurs pastels, tres douces. Pas un insecte malfaisant. L'Ile a une forme de vaisseau spatial, avec des recoins tres sauvages, des pointes tres effilees, des baies profondes et sablonneuses, et tout un versant tres habite. Ses dimensions sont faibles, mais on y fait un petit bout de chemin, avec moultes montees et descentes entre la cote a 3800m et les cretes a 4100... Sur une plage du bout de l'ile, sous les ruines preincas du Labirinto, on rencontre un campeur solitaire flamand et voyageur au long cours, Ton, qui passe ici des jours tranquilles "a ne rien faire". Il se dirige comme nous vers la Patagonie...
Cette escale ensoleillee avait des airs de vacances dans les vacances. L'arrivee pluvieuse et froide a La Paz est deboussolante, et fait quant a elle un peu rentree scolaire : bruit, foule, etendue urbaine, trafic dans les rues en pente.
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