dimanche 16 septembre 2007

Petite bouffee d'oxygene au-dessus de 6000 m

Les treks de l'Ausangate et du Salkantay nous avaient donne des envies d'ascensions glaciaires... Autour de La Paz, les nevados pullulent ; le Huayna Potosi, 6088 m, est l'un des plus accessibles, avec un campement alto en refuge a 5100 m.

On passe une bonne journee a La Paz pour preparer l'equipee. Finalement, on se decide a y aller sans guide ; on loue juste le materiel et le taxi, car les transports publics n'ont pas l'air facile a trouver. Le "carro" doit venir nous chercher a 8 h le lendemain. On attend 1 h, 2 h , toujours rien. Heureusement qu'il y a internet a l'hotel, ça decontracte pendant l'attente...

Apres quelques coups de fil, dont un, le dernier, rageur et menaçant, quelqu'un vient ! C'est un guide de l'agence, il nous emmene en taxi a El Alto, la haute banlieue de La Paz. On y recupere le matos chez Genero, le guide qui gere l'agence ; depuis sa cuisine, belle vue sur l'Illimani, un sommet emblematique du coin a 6400 m. Tout y est : piolets, crampons, corde, baudriers, coques plastique et pieu a neige. Il manque juste les antibottes pour AJ, mais Genero nous invite a decouper une bouteille de plastique pour confectionner une paire de secours.

Nous voila partis vers la Casa Blanca, un des camps de base du Huayna Potosi, a 1h30 de piste de El Alto. Le paysage defile, austere et nu, le ciel un poil trop pres du sol, pendant qu'on devore des salteñas au poulet a l'arriere du taxi. Assez vite, les montagnes convoitees se devoilent, entre deux bancs de nuages. La piste mene a une centrale electrique qui alimente la Paz, et traverse un village fantome attenant a une ancienne mine d'or. En bordure de piste, un alignement de tombes est du plus bel effet devant le sommet Sud du Huayna Potosi... Le chauffeur, charmant papa gateau aujourd'hui accompagne par sa petite fille, nous explique qu'a la Toussaint (Todos Los Santos), une fete s'y deroule pour honorer les morts de la mine.

Debarques du taxi avec armes et bagages, la montee au Campo de las Rocas commence. On est deja tres haut, a plus de 4700m, et la frange du "glaciar viejo" s'atteint assez vite par un excellent chemin. Puis, il faut rejoindre le sommet d'une moraine, et grimper dans des eboulis empetres de neige jusqu'au refuge. Tout autour, c'est la haute montagne dans toute sa splendeur (y compris ligne a haute tension, barrage, conduite forcee) et la tempete de nuages commence a sevir. Le petit refuge, tout neuf mais un peu glacial, n'est habite que par son gardien qui aspire a la carriere de guide en s'entrainant au ski de rando. Le reste de l'annee (a partir d'octobre jusqu'en avril), il est soit chauffeur de camion, soit receveur dans un des innombrables combis de La Paz. Quelques heures plus tard, un chilien solitaire rejoint egalement l'abri, autour duquel la neige commence a tomber. Un couple de hollandais, accompagnes par un guide bolivien, va camper un peu au dessus.

Apres-midi detente, lecture, grignottage, degustation de mate de coca, observation de la souris du refuge et confection des antibottes. On se calfeutre dans les duvets a 19h alors que le ciel se degage.

Impossible pour nous de dormir, sans doute l'altitude et la perspective de devoir se lever vers 2h du matin... le reveil sonne comme une liberation : banzai ! C'est parti pour pres de 4h d'ascension dans une nuit noire a couper a la frontale. On prend pied sur le glacier a la porte du refuge ; des eclairs dechirent par instants le ciel a l'est et au nord, mais heureusement pas de coups de tonnerre, ça doit etre loin.

Apres une heure de montee a l'aveugle, le faisceau braque sur une trace aussi large qu'un camino Inca, on atteint un vaste replat entoure de crevasses, sans doute le Campamento Argentino. Au sud, les lumieres de El Alto scintillent comme par magie, on se sent moins seuls. Puis on rattrape les hollandais au niveau d'un petit raidillon au dessus d'une crevasse, mais on les laisse passer devant, c'est plus prudent, ils ont un guide... En plus on commence a se rendre compte qu'on est un peu en avance et qu'on risque d'arriver trop tot au sommet ! Apres ce ressaut, le froid et le vent nous saisissent et les pauses sont sautillantes. Un peu etrange voire frustrant de marcher comme ca en pleine nuit sur une montagne inconnue, meme pas vue de jour.

Vers 5h30 enfin, une vague lueur apparait a l'horizon encadree par deux monstrueux cumulonimbus, et on eteint bientot les feux. Une derniere pente tres crevassee et couverte de bebes penitents nous amene a l'arete terminale, un peu aerienne. On atteint le sommet un peu avant que le soleil ne l'effleure, vers 6h du matin. Merci a la hollandaise anonyme pour ses bonbons-pates de fruit ! La vue est tres panoramique : l'altiplano desertique avec des lacs bleu-nuit, l'ensemble de la Cordillere royale, El Alto qui s'eveille et qui s'eteint, une vaste mer de nuages sur les Yungas.

Entre le froid qui persiste et le soleil qui rechauffe les pentes en dessous, on ne s'attarde pas et on entame la descente, en direct dans la pente croutee sans faire le detour par l'arete. On decouvre les recoins du glacier en plein jour, la forme des crevasses, le volume des seracs, et l'impressionnante "ruta francesa" qui mene au sommet Sud, ou des traces de ski temoignent d'une belle descente recente.

Retour au refuge a 9h, la tete un peu a l'envers : qu'est ce qu'on va bien pouvoir faire de la journee, avec un taxi de retour prevu a 15h ?

Finalement, comme le froid a definitivement pris possession de la cabane, ce sera redescente vers Casa Blanca, appel du taxi pour qu'il vienne plus tot, glandouille dans l'herbe et la couverture de survie en attendant, puis douche chaude !

1 commentaire:

JM et A. a dit…

Et ben c'etait super rapide, moi qui croyait que vous aviez fait une expe d'une semaine....