On est rentre hier d'une de nos plus belles escapades en montagne, autour du massif de l'Ausangate. La beaute des lieux et l'altitude nous auraient presque rendus ascetes, presque plus faim ni soif, dans un univers apre qui nous propulse a mille lieux du quotidien.
La longue marche de 6/7 jours commence a Tinqui, a six heures de bus de Cusco. Sur la route deja, ca sent l'aventure quand le bus s'arrete pour panne d'eau... Incroyable, aucun bidon de flotte de secours n'est prevu dans le vehicule. On a donc recours aux reserves des passagers (dont deux litres offerts gracieusement par JAJ), et a une dizaine de litres trouves assez loin en contrebas par un des equipiers. Puis, c'est le chargement du toit (quelques tiges de fer a beton) qui tombe a la faveur des tressautements sur la piste.
On arrive bizarrement dans les temps a Tinqui, ou on retrouve Fred, un baroudeur francais croise a Cusco, avec qui on avait sympathise autour d'une carte au South American Explorer. Lui s'engage seul dans le tour de l'Ausangate (a l'endroit). Quant a nous, on a prevu d'entamer le tour a l'envers, de pousser jusqu'a un col qui surplombe la face Sud de cette monstrueuse montagne, puis de traverser la cordillere vers l'Est pour rejoindre le village de Phinaya, un des plus hauts du monde a plus de 4700 m. On espere donc se croiser trois jours plus tard, dans un fameux decor !
Pour nous, c'est la decouverte de l'altitude, car on ne descend jamais sous 4500 m, et on a meme campe deux fois a 5000... Meme apres plusieurs jours, le souffle est court ; quand on saute une ou deux respirations devant le paysage, on s'apercoit qu'on manque cruellement d'air.
Les decors sont extraordinaires et vivants malgre les conditions extremes. Un ciel froid et tres pur, souvent degage mais ou viennent parfois jouer des nuages venant d'Amazonie, en creant des jeux de lumiere frappants. Puis des sommets en bandes ou isoles, avec des masses de glace monstrueuses, formant des champignons ou des cannelures, parfois d'immenses plateaux blancs. A chaque col, il est d'usage de remercier l'Apu (la divinite tutelaire du nevado) pour sa clemence en rajoutant une pierre a un Apacheta (un cairn, on dit chez nous). Les nevados trainent des monceaux de moraines gigantesques, parfois roses, parfois gris, parfois verts, et surplombent de vastes vallees souvent humides, parsemees de lacs de toutes couleurs et de toutes tailles. Pas d'arbres, mais partout ou un peu d'herbe jaune et seche pousse (l'Ichu notamment, qui sert a couvrir les toits des cahutes alentours), paissent des milliers d'alpagas en troupeaux, souvent gardes par des chiens feroces et des berger(e)s plutot distant(e)s. Une drole de bestiole, l'alpaga, qui a l'air encore plus bete qu'un mouton, mais si craquant avec son abondante fourrure de peluche, qui tressaute quand il se met a courir. Aux confins de la vegetation et du desert mineral, on rencontre souvent sa version sauvage mais tres differente, la vigogne, qui vit sa vie en petites troupes. Un charmant animal tres delicat et gracile, qui porte la tete loin en avant quand il se met a courir, et qui se sent rassure quand il se campe sur une pente sablonneuse.
Les fonds de vallees sont souvent des "bofedales", marecages composes de sortes de mousses dures et epaisses, en mottes parfois spongieuses, a travers lesquelles l'eau s'ecoule un peu anarchiquement. Souvent, on ne reconnait plus le cours d'eau naturel tellement des canaux ont ete creuses a travers les ages. L'aspect sauvage de la montagne cache en fait des pratiques agricoles intenses.
Au dessus de 5000 m, le paysage devient vraiment lunaire, avec des successions de collines anthracite, orange, vertes, grenat, gris-bleu... On reste la plupart du temps bouche-bee, notamment au passage du col du condor, une veritable apotheose.
On s'aventure de temps en temps sur des sommets rocheux qui nous paraissent accessibles. A la faveur du retrait recent des glaciers, on atteint une antecime curieusement denudee au milieu d'un champ de glace, a environ 5500m, au Comercocha. Il nous manque 30 metres de neige dure et une paire de piolet pour vraiment etre au sommet... un peu rageant. Deux jours plus tard, on s'offre en extra une marche de crete a peu pres a la meme altitude, avec meme quelques pas d'escalade et franchement du gaz, face a une belle brochette de 6000 dont le chef inconteste reste le seigneur Ausangate. La plupart du temps, on marche ou on essaye de dormir dans la longue nuit, ou alors on flane dans l'herbe en buvant du mate de coca. On passe aussi une apres midi dans l'eau chaude des bains de Pacchanta, en plein air sous la face Nord de l'Ausangate !
Les nuits, etrangement, ne sont pas si froides, meme si les duvets et la tente sont bien givres au petit matin, et l'eau des bouteilles gelee. Les soirees sont plus difficiles, car le vent solaire souffle peniblement jusqu'a la nuit tombee. Une fois le soleil leve par contre, il fait bon a l'abri du vent.
Jusqu'a 5000, des habitations isolees, en pierre et en ichu, etonnamment mimetiques, servent d'abris temporaires ou permanents (on ne sait pas si il y a une saison d'alpage) a des familles. Plus difficile ici de lier connaissance avec les habitants, qui gardent souvent leurs distance... et nous ne parlons pas un mot de Quechua ! Il nous semble incroyable de pouvoir vivre ici en permanence, d'autant que meme la patate ne pousse pas a cette altitude, et qu'il ne faut pas compter sur un feu de bois pour se rechauffer ou pour faire la cuisine... En fait, le seul combustible est le crottin (et il est excellent parait-il). Il est stocke en mottes sur le sol autour des habitations, seche et conserve a l'interieur de petits greniers de tourbe. Beaucoup de femmes revetent la tenue traditionnelle : grande jupe sombre de laine epaisse bordee de bandes de couleurs, multitude de jupons (on n'a pas eu l'occasion de les compter), grands bas de laines, veston assorti, mantas (une grande piece de tissu a tout faire) pour proteger du froid et pour porter des charges, tout cela surmonte d'un grand chapeau rond, colore, a frange. Les hommes sont plus rares (sauf les muletiers engages sur les treks), et plutot habilles de sombre. On en a croises a plus de 5000 m en bermuda-bas de laine... et un avec un gros sac a dos et vetements techniques : c'est Fred, qui descend du Paso Palomani alors qu'on y monte. Rencontre attendue, mais surrealiste tout de meme ! On casse la croute ensemble dans un decor de reve, en echangeant nos recettes de cuisine de trek.
Le bien nomme Yayamari ("sommet des douleurs"), aux flancs dechiquetes, trone seul au dessus de l'immense lagune Sabinacocha, parait-il "le plus grand lac du monde a cette altitude". On la longe sur son flanc nord, ou l'immense massif glaciaire du Chumpe l'alimente. Des milliers d'oiseaux s'y ebattent, dont deux flamants rose vif et des foulques geantes qui construisent des nids flottants geants. A cet endroit, les limons morainiques donnent a la lagune des allures de lagon tropical.
La longue journee de retour a Phinaya commence par un soleil eclatant, puis a mesure que l'on progresse le long des lacs, sur un terrain plat et desole entre les massifs glaciaires puis des montagnes multicolores peut-etre volcaniques, les nuages s'ammoncellent. On essuie quelques trombes de neige avec heureusement le vent dans le dos. L'arrivee au soir dans ce village du bout du monde est memorable, dans un froid glacial. On nous installe dans l'hospedaje municipal, un dortoir sans eau ni electricite mais neanmoins confortable et bienvenu.
Le lendemain, retour tres progressif a Cusco... Un camion nous charge vers midi en compagnie d'une quarantaine d'habitants du coin, d'une demi douzaine de moutons, de quatre alpagas et deux lamas, pour nous amener encore plus haut, puis petit a petit vers la plaine, en 4 ou 5 heures. Evidemment, le vehicule plein a ras bord se remplit encore au cours du trajet ; il arrive meme a digerer une sono entiere, avec des hauts parleurs de deux metres arrimes tant bien que mal au dessus du betail. C'est drole trois heures, ensuite on a hate de s'enfuir... D'autant qu'au milieu du parcours, le chauffeur fait vaguement la course avec le camion de derriere qui menace de le rattraper et qu'il reussit a exploser un pneu.
On arrive epuises et morts de faim a Cusco, contents de retrouver les petits plaisirs simples de la ville et de respirer sans y penser !
vendredi 31 août 2007
mercredi 22 août 2007
15 jours sur les chemins des incas
Rentres hier a Cusco, on apprend seulement la nouvelle du terrible tremblement de terre qui s'est produit le 15 aout dans la region de Pisco. Dans la ville, les gens se mobilisent pour approvisionner les rescapes en ressources premieres et notamment en eau. Quant a nous, on etait tres loin de l'epicentre. Desoles de n'avoir pas pu poster plus tot pour rassurer les quelques inquiets...
Partis le 6 aout de Cusco, ou on commence a se sentir chez nous, un bus a destination de Lima nous emmene au depart de la route de Cachora, en 4 longues heures tuees a regarder des DVD de series B americaines dont un magnifique panegyrique de la vie de motard romantique et un vraiment tres affligeant Eddie Murphy.
Laches au milieu de nulle part, vers 4000 m, on se sent un peu decales. Il faudra une heure et demi de descente a pied pour rejoindre le village de Cachora. Il parait qu'ici on cultive l'anis mais ce n'est pas la saison de la recolte. Le village est niche au milieu d'une plantation d'eucalyptus, arbres frequemment croises vers 3000 m dans les zones habitees, qui rendent le paysage un peu tristounet, debarrasse de sa vegetation naturelle.
On dort dans une des nombreuses hospedajes sous un ciel bourgeonnant. On sent que le village se developpe et prend de l'ampleur ; l'ambiance pourrait vite tourner a l'aigre atmosphere d'Aguas Calientes, car ici on n'est qu'a 2 jours de marche de ruines incas fameuses, Choquequirao, dont la mise a jour a commence vers les annees 1980 et se poursuit encore aujourd'hui. Au petit dej au restau du coin, on nourrit un perroquet domestique qui semble beaucoup apprecier les "petit beurre" peruviens.
En route pour Choquequirao, "berceau de l'or" ! On suit d'abord plus ou moins une piste, projetee initialement pour desservir le site mais heureusement abandonnee pour des raisons financieres. Au premier col, la piste se transforme enfin en chemin, tres bien trace, large et tres poussiereux, avec meme des bornes kilometriques et on decouvre une premiere vue des ruines, accrochees a une crete au loin. Tout en bas, il faudra franchir le torrent de l'Apurimac, qui s'est creuse un canyon digne de ceux du Colca.
On rejoint ici aussi nos premiers touristes, des espagnols excites, avec la suite habituelle "muletier(s), cuisinier(s), mules, chevaux et guide". La descente est chaude et poussiereuse, surtout quand on croise les mules, et la vegetation est d'abord un peu desolee car le versant a subi des incendies. Plus bas, des arbres rigolos, sans feuilles ni fleurs, avec un fruit laissant echapper une touffe de simili coton et decores de lichens barbus et chevelus. Ils hebergent aussi des familles de bromeliacees, des sortes de petits agaves vert-rouge. En chemin, une oasis-campement donne de l'ombre, de l'eau et des gazeosas a volonte. L'atmosphere d'un coup devient tropicale : papayers, manguiers, bananiers, chirimoya, mouches piquantes.
Au rio, il faut s'enregistrer au puesto de control. Un hotel est en construction a proximite. On se demande si bientot un "chemin de l'Inca" bis ne va pas naitre ici, vu l'affluence et les infrastructures. Apres nos 1500 m de descente et un enorme dejeuner (comme souvent sandwich thon- avocat- mayo), dans un elan de courage on entame la remontee tres chaude vers Santa Rosa, ou vivent quelques familles qui ont amenage des plate formes de camping et servent des cenas.
Le lendemain, on part assez tot pour monter (encore) a la fraiche jusqu'au site. L'arrivee a Choquequirao est somptueuse, les ruines mises a jour sont moins etendues qu'a Machu Picchu, mais le cadre est magique et sauvage : sur un col, a la frange d'un beau reste de foret primaire, trois terrasses monumentales plantees de venerables acajous servent de soubassement a une grande place bordee d'un groupe de maisons de plusieurs etages ; sur la gauche, une colline a ete arasee sur plusieurs metres pour jouer le role d'observatoire astronomique (dit-on) ; au dessus, des constructions plus basses, greniers et temple. Tres loin en contrebas de part et d'autre de la crete, de magnifiques terrasses agricoles sont en cours de restauration ; certaines sont curieusement decorees de llamas dessines avec des pierres blanches incrustees... On imagine assez bien le reste, noye dans la vegetation. Le tout est perche a pres de 2000m au dessus de l'Apurimac et du Rio Blanco, sur une pente vertigineuse, et sous le regard des glaciers, encore 2000m au dessus. Malgre l'impression de ne pas vraiment marcher tous seuls pour y arriver, le site est en fait peu visite : une trentaine de personnes ce jour la... On y passe donc une bonne partie de la journee, avant de repartir vers le Nord en direction de Huancacalle, a 4 jours de marche.
Pour ce faire, on redescend largement tout ce qu'on a monte, on se baigne encagoules au rio Blanco pour echapper a d'infectes minuscules mouches piquantes, on remonte dans une poussiere memorable en croisant des groupes de mules qui s'amusent a la remuer tant et plus. Ici, la foret est plus ou moins absente (soit c'est trop sec, soit ca a ete incendie), jusqu'a pres de 3200m ou elle reprend ses droits. Puis, on remonte jusqu'a un col majestueusement panoramique, vers 4500, mais on y voit surtout des nuages. Comme on en demande encore, on redescend vers le village de Yanama, magnifiquement isole et a deux jours de marche du premier moteur a explosion. La foret redevient genereuse, et les sommets se devoilent, notamment les presque 6000m du Pusimallo, dont on est en fait en train de faire gentiment le tour en 15 jours ! On est presque a Huancacalle, il suffit de remonter encore une fois a 4500, d'ou le paysage est somptueux (on s'offre un petit sommet en escalade particulierement panoramique, sous le vol des condors). Et bien sur de descendre par un incroyable chemin dalle, inca bien sur, la tres tres longue vallee qui nous ramene a ce village ou on etait passe il y a 15 jours pour aller a Espiritu Pampa.
A Huancacalle, on retrouve avec bonheur l'hospedaje des Cobos, la fameuse cuisine des Cobos, et un petit dejeuner memorable a base de crepes a la banane.
On s'apercoit d'ailleurs qu'on part au bout du monde pour echapper a la routine, et qu'on s'empresse de s'en inventer de nouvelles, comme monter et descendre, manger, dormir. Un vrai rituel... En arrivant a un camp le soir, quasiment a chaque fois entre 16h et 18h, on enchaine immanquablement la douche au torrent ou a la bouteille, le plantage de tente puis son ameublement, la preparation de la bouffe pas tres elaboree (du coup, on mange chez l'habitant des que possible), avec 1/2 l reserve au thermos pour le mate de coca du soir, ingestion du repas, rangement des affaires qui trainent, lavage de dents et au lit... Il est entre 19h30 et 20h...
Court repit, car on repart le lendemain pour trois jours de marche vers Santa Teresa, quasiment sans carte ni topo, et quasiment sans personne a croiser a priori. On se perd un peu sous le Pusimallo et ses abondants glaciers, mais c'est tellement beau qu'on ne regrette meme pas. Le lendemain, on se perd encore un peu sur les cretes, mais presque volontairement. Et on plonge dans la foret de nuages vers Santa Teresa, une spectaculaire descente de 2500m avalee dans la journee ou on passe des poles aux tropiques. La foret est superbe, et nous rappelle Espiritu Pampa ; on y observe meme le coq de roche, un peu grognon mais de pas tres loin. Gros comme une petite poule, noir et rouge, l'oeil bleu, une etrange tete bossue, c'est un des emblemes du Perou. Le rio Sacsara debite en gros bouillons, et il est alimente par quelques sources d'eau chaude. Arrivee un peu vannes a Santa Teresa, au milieu de magnifiques plantations de cafe, bananes, fruits de la passion, sous l'ombre de mimosas geants. On se sent vraiment du cote de la jungle ; les derniers kilometres de piste sont quasiment paradisiaques, si on fait abstraction des mechantes mouches piquantes dont meme les locaux portent les stigmates, et de nos plantes de pied qui demandent grace.
En revanche, ambiance moins classe a Santa Teresa. Le village a ete totalement detruit il y a 9 ans par des crues torrentielles, et reconstruit un peu plus haut ; il est encore en travaux , fait d'adobe et de tole ondulee. Le tourisme commence a sevir, et en particulier quelques allemands bourres la nuit ou on a essaye d'y dormir.
Santa Teresa est fort proche du Machu Picchu, et on y etait rapidement passe en taxi il y a quelques temps. Cette fois ci, on se lance a pied dans une traversee de 4 jours vers le Sud, a travers le Salkantay. On a le moral, car le temps est passe a la brumasse et sur les deux premiers jours, on est assures de croiser pas mal de caravanes car l'itineraire est classique, dans l'autre sens. Les campements sont en voie de se transformer en hotels, les gens ont l'air un peu ahuris de nous croiser avec nos sacs, a contre-sens, et les contacts avec les locaux ne sont pas faciles. En plus, les groupes ont tendance a laisser des dechets sur place. On monte donc a toute vitesse jusqu'a un campement tres sauvage et tres haut, ou les nuages se dechirent miraculeusement dans la nuit : on est en fait au creux de glaciers gigantesques, avec des sommets a plus de 6000m au dessus de la tete.
La journee suivante est gracieuse, exaltante, contemplative et neanmoins exigeante, puisqu'on enchaine deux gros cols qui nous font passer du cote sec des Andes, et qui defendent la pyramide glacee du Salkantay. Sus a la routine, on innove en se concoctant un mate de coca a midi, sur un col a 4900m d'ou on surplombe le bas du glacier. Apres le second col (qui permet en fait de rejoindre le fameux Camino del Inca, mais qui est peu emprunte), c'est l'aventure, seuls avec une trace censee nous accompagner jusqu'a Limatambo ou passent des bus. On s'en sort finalement bien grace au temps tres stable qui nous permet de naviguer a vue. On passe pres du col, vers 4700, notre nuit la plus froide avec gel meme avant le coucher du soleil ! Petite avarie pres du port pour J qui glisse ridiculeusement sur les graviers d'un vague sentier, dans les bras d'un joli mais peu accueillant cactus.
Retour de la routine culturelle et urbaine a Limatambo, avec des ruines, un hospedaje, des repas chauds, etc. Le village est tres calme, assez residentiel et prospere, tres elegant avec ses maisons blanchies aux soubassements de pierres incas. On attrape un bus le lendemain pour rentrer a Cusco (80 km), a la maison, chez les soeurs dominicaines. Bus vide car il n'a pas pu aller jusqu'a Lima, la Panamericaine etant endommagee vers Pisco par le seisme...
Partis le 6 aout de Cusco, ou on commence a se sentir chez nous, un bus a destination de Lima nous emmene au depart de la route de Cachora, en 4 longues heures tuees a regarder des DVD de series B americaines dont un magnifique panegyrique de la vie de motard romantique et un vraiment tres affligeant Eddie Murphy.
Laches au milieu de nulle part, vers 4000 m, on se sent un peu decales. Il faudra une heure et demi de descente a pied pour rejoindre le village de Cachora. Il parait qu'ici on cultive l'anis mais ce n'est pas la saison de la recolte. Le village est niche au milieu d'une plantation d'eucalyptus, arbres frequemment croises vers 3000 m dans les zones habitees, qui rendent le paysage un peu tristounet, debarrasse de sa vegetation naturelle.
On dort dans une des nombreuses hospedajes sous un ciel bourgeonnant. On sent que le village se developpe et prend de l'ampleur ; l'ambiance pourrait vite tourner a l'aigre atmosphere d'Aguas Calientes, car ici on n'est qu'a 2 jours de marche de ruines incas fameuses, Choquequirao, dont la mise a jour a commence vers les annees 1980 et se poursuit encore aujourd'hui. Au petit dej au restau du coin, on nourrit un perroquet domestique qui semble beaucoup apprecier les "petit beurre" peruviens.
En route pour Choquequirao, "berceau de l'or" ! On suit d'abord plus ou moins une piste, projetee initialement pour desservir le site mais heureusement abandonnee pour des raisons financieres. Au premier col, la piste se transforme enfin en chemin, tres bien trace, large et tres poussiereux, avec meme des bornes kilometriques et on decouvre une premiere vue des ruines, accrochees a une crete au loin. Tout en bas, il faudra franchir le torrent de l'Apurimac, qui s'est creuse un canyon digne de ceux du Colca.
On rejoint ici aussi nos premiers touristes, des espagnols excites, avec la suite habituelle "muletier(s), cuisinier(s), mules, chevaux et guide". La descente est chaude et poussiereuse, surtout quand on croise les mules, et la vegetation est d'abord un peu desolee car le versant a subi des incendies. Plus bas, des arbres rigolos, sans feuilles ni fleurs, avec un fruit laissant echapper une touffe de simili coton et decores de lichens barbus et chevelus. Ils hebergent aussi des familles de bromeliacees, des sortes de petits agaves vert-rouge. En chemin, une oasis-campement donne de l'ombre, de l'eau et des gazeosas a volonte. L'atmosphere d'un coup devient tropicale : papayers, manguiers, bananiers, chirimoya, mouches piquantes.
Au rio, il faut s'enregistrer au puesto de control. Un hotel est en construction a proximite. On se demande si bientot un "chemin de l'Inca" bis ne va pas naitre ici, vu l'affluence et les infrastructures. Apres nos 1500 m de descente et un enorme dejeuner (comme souvent sandwich thon- avocat- mayo), dans un elan de courage on entame la remontee tres chaude vers Santa Rosa, ou vivent quelques familles qui ont amenage des plate formes de camping et servent des cenas.
Le lendemain, on part assez tot pour monter (encore) a la fraiche jusqu'au site. L'arrivee a Choquequirao est somptueuse, les ruines mises a jour sont moins etendues qu'a Machu Picchu, mais le cadre est magique et sauvage : sur un col, a la frange d'un beau reste de foret primaire, trois terrasses monumentales plantees de venerables acajous servent de soubassement a une grande place bordee d'un groupe de maisons de plusieurs etages ; sur la gauche, une colline a ete arasee sur plusieurs metres pour jouer le role d'observatoire astronomique (dit-on) ; au dessus, des constructions plus basses, greniers et temple. Tres loin en contrebas de part et d'autre de la crete, de magnifiques terrasses agricoles sont en cours de restauration ; certaines sont curieusement decorees de llamas dessines avec des pierres blanches incrustees... On imagine assez bien le reste, noye dans la vegetation. Le tout est perche a pres de 2000m au dessus de l'Apurimac et du Rio Blanco, sur une pente vertigineuse, et sous le regard des glaciers, encore 2000m au dessus. Malgre l'impression de ne pas vraiment marcher tous seuls pour y arriver, le site est en fait peu visite : une trentaine de personnes ce jour la... On y passe donc une bonne partie de la journee, avant de repartir vers le Nord en direction de Huancacalle, a 4 jours de marche.
Pour ce faire, on redescend largement tout ce qu'on a monte, on se baigne encagoules au rio Blanco pour echapper a d'infectes minuscules mouches piquantes, on remonte dans une poussiere memorable en croisant des groupes de mules qui s'amusent a la remuer tant et plus. Ici, la foret est plus ou moins absente (soit c'est trop sec, soit ca a ete incendie), jusqu'a pres de 3200m ou elle reprend ses droits. Puis, on remonte jusqu'a un col majestueusement panoramique, vers 4500, mais on y voit surtout des nuages. Comme on en demande encore, on redescend vers le village de Yanama, magnifiquement isole et a deux jours de marche du premier moteur a explosion. La foret redevient genereuse, et les sommets se devoilent, notamment les presque 6000m du Pusimallo, dont on est en fait en train de faire gentiment le tour en 15 jours ! On est presque a Huancacalle, il suffit de remonter encore une fois a 4500, d'ou le paysage est somptueux (on s'offre un petit sommet en escalade particulierement panoramique, sous le vol des condors). Et bien sur de descendre par un incroyable chemin dalle, inca bien sur, la tres tres longue vallee qui nous ramene a ce village ou on etait passe il y a 15 jours pour aller a Espiritu Pampa.
A Huancacalle, on retrouve avec bonheur l'hospedaje des Cobos, la fameuse cuisine des Cobos, et un petit dejeuner memorable a base de crepes a la banane.
On s'apercoit d'ailleurs qu'on part au bout du monde pour echapper a la routine, et qu'on s'empresse de s'en inventer de nouvelles, comme monter et descendre, manger, dormir. Un vrai rituel... En arrivant a un camp le soir, quasiment a chaque fois entre 16h et 18h, on enchaine immanquablement la douche au torrent ou a la bouteille, le plantage de tente puis son ameublement, la preparation de la bouffe pas tres elaboree (du coup, on mange chez l'habitant des que possible), avec 1/2 l reserve au thermos pour le mate de coca du soir, ingestion du repas, rangement des affaires qui trainent, lavage de dents et au lit... Il est entre 19h30 et 20h...
Court repit, car on repart le lendemain pour trois jours de marche vers Santa Teresa, quasiment sans carte ni topo, et quasiment sans personne a croiser a priori. On se perd un peu sous le Pusimallo et ses abondants glaciers, mais c'est tellement beau qu'on ne regrette meme pas. Le lendemain, on se perd encore un peu sur les cretes, mais presque volontairement. Et on plonge dans la foret de nuages vers Santa Teresa, une spectaculaire descente de 2500m avalee dans la journee ou on passe des poles aux tropiques. La foret est superbe, et nous rappelle Espiritu Pampa ; on y observe meme le coq de roche, un peu grognon mais de pas tres loin. Gros comme une petite poule, noir et rouge, l'oeil bleu, une etrange tete bossue, c'est un des emblemes du Perou. Le rio Sacsara debite en gros bouillons, et il est alimente par quelques sources d'eau chaude. Arrivee un peu vannes a Santa Teresa, au milieu de magnifiques plantations de cafe, bananes, fruits de la passion, sous l'ombre de mimosas geants. On se sent vraiment du cote de la jungle ; les derniers kilometres de piste sont quasiment paradisiaques, si on fait abstraction des mechantes mouches piquantes dont meme les locaux portent les stigmates, et de nos plantes de pied qui demandent grace.
En revanche, ambiance moins classe a Santa Teresa. Le village a ete totalement detruit il y a 9 ans par des crues torrentielles, et reconstruit un peu plus haut ; il est encore en travaux , fait d'adobe et de tole ondulee. Le tourisme commence a sevir, et en particulier quelques allemands bourres la nuit ou on a essaye d'y dormir.
Santa Teresa est fort proche du Machu Picchu, et on y etait rapidement passe en taxi il y a quelques temps. Cette fois ci, on se lance a pied dans une traversee de 4 jours vers le Sud, a travers le Salkantay. On a le moral, car le temps est passe a la brumasse et sur les deux premiers jours, on est assures de croiser pas mal de caravanes car l'itineraire est classique, dans l'autre sens. Les campements sont en voie de se transformer en hotels, les gens ont l'air un peu ahuris de nous croiser avec nos sacs, a contre-sens, et les contacts avec les locaux ne sont pas faciles. En plus, les groupes ont tendance a laisser des dechets sur place. On monte donc a toute vitesse jusqu'a un campement tres sauvage et tres haut, ou les nuages se dechirent miraculeusement dans la nuit : on est en fait au creux de glaciers gigantesques, avec des sommets a plus de 6000m au dessus de la tete.
La journee suivante est gracieuse, exaltante, contemplative et neanmoins exigeante, puisqu'on enchaine deux gros cols qui nous font passer du cote sec des Andes, et qui defendent la pyramide glacee du Salkantay. Sus a la routine, on innove en se concoctant un mate de coca a midi, sur un col a 4900m d'ou on surplombe le bas du glacier. Apres le second col (qui permet en fait de rejoindre le fameux Camino del Inca, mais qui est peu emprunte), c'est l'aventure, seuls avec une trace censee nous accompagner jusqu'a Limatambo ou passent des bus. On s'en sort finalement bien grace au temps tres stable qui nous permet de naviguer a vue. On passe pres du col, vers 4700, notre nuit la plus froide avec gel meme avant le coucher du soleil ! Petite avarie pres du port pour J qui glisse ridiculeusement sur les graviers d'un vague sentier, dans les bras d'un joli mais peu accueillant cactus.
Retour de la routine culturelle et urbaine a Limatambo, avec des ruines, un hospedaje, des repas chauds, etc. Le village est tres calme, assez residentiel et prospere, tres elegant avec ses maisons blanchies aux soubassements de pierres incas. On attrape un bus le lendemain pour rentrer a Cusco (80 km), a la maison, chez les soeurs dominicaines. Bus vide car il n'a pas pu aller jusqu'a Lima, la Panamericaine etant endommagee vers Pisco par le seisme...
dimanche 5 août 2007
Boucler la boucle
La premiere boucle Ollantaytambo-Ollantaytambo par la jungle et le Machu Picchu etant achevee, il reste a rentrer a Cusco...
On fait l'essentiel du chemin a pied, et en faisant des detours, encore. D'abord par une magnifique foret primaire de montagne, dans une vallee peu peuplee qui s'enfonce dans la cordillere, avec le queñual, arbre emblematique au tronc orange et ecorche, qui pousse entre 3500 et 4500m. On campe entre les racines d'un specimen particulierement vieux et imposant, au bord de la riviere, avec a peine la place pour la tente. Le lendemain, on remonte la vallee jusqu'a un col a 4600m ; des lacs de toute beaute, des villages traditionnels aux toits de chaume et aux murs d'adobe jalonnent le parcours. Les maisons sont absolument mimetiques, on ne les voit qu'au dernier moment. Une harmonie subtile avec la montagne, mais que la vie doit etre dure avec les jours a cultiver des pommes de terre qui veulent bien pousser sur ce sol un peu ingrat et fort pentu, et des nuits glaciales de 12h en saison seche...
De l'autre cote, on descend jusqu'aux bains de Lares, les plus apprecies de la region parait-il, ou on se prelasse beatement entre une piscine froide, une piscine a 45 degres, et une piscine a temperature du corps. L'eau est jaune, elle sent le soufre et elle est epaisse. Une petite fille porte un masque, les enfants du coin y font etape en rentrant de l'ecole, et beaucoup de touristes-curistes peruviens s'y soignent ou s'y reposent.
Et le lendemain, c'est reparti pour une traversee de deux jours, en sens inverse, pour rejoindre Calca et la vallee de l'Urubamba. Cete fois, c'est plus haute montagne avec un premier col a 4500 m, une echarpe de lagunes vertes emeraudes, des lamas, un ciel qui s'ennuage au fil des heures et qui se nettoie comme par magie au soleil couchant. Les sommets se devoilent (Sirhuani, Sawasiray).
On passe une nuit assez glaciale au dessus d'une lagune qui frole les 4600 m. A la nuit tombee, vers 20h, une lumiere tres haut sur le col, sans doute une caravane locale qui prefere la nuit au brouillard.
Le lendemain, lever tres tot pour passer l'abra (le col) avec le beau temps et c'est une grande reussite ; on passe au pied des glaciers majestueux du Sawasiray, 5800 m de sucre glace. On se croirait presque dans les Ecrins. La principale difference de visu, c'est l'aspect beaucoup plus charge de glace des sommets, avec des cannelures presque verticales et des champignons de glace qui donnent du relief aux sommets.
Petite escalade sur un sommet rocheux a droite du col, a presque 5000. La vue est geante sur l'ensemble des sommets de la cordillere, sur la mer de nuages flottant sur la jungle, et meme sur l'Ampato, un sommet pres d'Arequipa, a quelques centaines de km, qui nous a accompagne un moment par la bas. Deux colibris passent au sommet...
Grand moment de contemplation en dessous du col, parmi les touffes vertes de poposa et duveteuses de puña, quasiment les seuls vegetaux remarquables aptes a pousser a ces altitudes.
On descend a regret vers la civilisation, la route, mais aussi la douche chaude et la biere fraiche, a quelques heures quand meme. Vaste descente donc, plus de 2000m de lagunes, de pampas, de forets, de chemin fort bien trace (car ici les chemins de montagne ne servent pas qu'aux randonneurs du dimanche).
Etape a Calca fort agreable, ou on dort dans un patio fleuri avec en pot quelques emanations de la jungle.
Le lendemain, un bus nous emene a 10 km de la, pour entamer la derniere traversee de 2 jours en direction de Cusco. Une chaude et seche grimpette de 3 h nous emmene a un site inca, le "Petit Cusco", ou on goute avec plaisir les retrouvailles avec ces sacres monuments aux pierres finement taillees, et les terrasses, habitations populaires et auberge qui inevitablement accompagnent les temples et demeure royale. Ici gravite un genre de touriste particulier, le touriste "mystique", qui, a l'entree du site prononce des incantations a la Pachamama et aux ancetres "Hola Papa, Hola Mamma, Hola Abuelita", et qui joue de la flute.
On continue ensuite la montee le long du sentier inca, qui mene au prochain village traditionnel a travers un petit canyon a l'ombre duquel il fait bon ne pas suer. Une porte inca clot la gorge et le village, etrangement desert et silencieux, dispose lui aussi de quelques vestiges historiques. Un groupe de francais descend et s'esclaffe a la vue de nos bottes arrimees sur les sacs.
On poursuit a travers la montagne seche et tres cultivee pour rejoindre le village plus vivant de Patabamba, ou le topo nous invite a faire etape chez un chef muletier et sa femme. On entre dans le village a la suite d'un troupeau melant indistinctement vaches, cochons, moutons, et leurs petits, conduits au bercail par deux charmantes petites filles et leur grand mere.
L'ambiance chez Mamerto est hyper rustique mais on a quand meme le luxe de disposer d'eau chaude et d'une chambre a part. Le soir, on dine dans la cuisine avec la famille (le papa est en trek). La cuisine est en fait une maison a part avec son atre en adobe et ses cuys qui couinent, les cochons d'Inde, ici un mets tres apprecie les jours de fete, qu'on retrouve invariablement quand on va chez l'habitant.
Le lendemain, pour rejoindre la route de Cusco, il reste a traverser une sierra dessechee, avec un petit detour par une immense lagune, ou les canards, oies, vanneaux cotoient les vaches qui vont chercher dans l'eau jusqu'au cou leur pitance d'algues.
Sur la route, comme toujours, on attend moins de 5 minutes pour qu'un bus s'arrete et nous emmene a bon port.
On fait l'essentiel du chemin a pied, et en faisant des detours, encore. D'abord par une magnifique foret primaire de montagne, dans une vallee peu peuplee qui s'enfonce dans la cordillere, avec le queñual, arbre emblematique au tronc orange et ecorche, qui pousse entre 3500 et 4500m. On campe entre les racines d'un specimen particulierement vieux et imposant, au bord de la riviere, avec a peine la place pour la tente. Le lendemain, on remonte la vallee jusqu'a un col a 4600m ; des lacs de toute beaute, des villages traditionnels aux toits de chaume et aux murs d'adobe jalonnent le parcours. Les maisons sont absolument mimetiques, on ne les voit qu'au dernier moment. Une harmonie subtile avec la montagne, mais que la vie doit etre dure avec les jours a cultiver des pommes de terre qui veulent bien pousser sur ce sol un peu ingrat et fort pentu, et des nuits glaciales de 12h en saison seche...
De l'autre cote, on descend jusqu'aux bains de Lares, les plus apprecies de la region parait-il, ou on se prelasse beatement entre une piscine froide, une piscine a 45 degres, et une piscine a temperature du corps. L'eau est jaune, elle sent le soufre et elle est epaisse. Une petite fille porte un masque, les enfants du coin y font etape en rentrant de l'ecole, et beaucoup de touristes-curistes peruviens s'y soignent ou s'y reposent.
Et le lendemain, c'est reparti pour une traversee de deux jours, en sens inverse, pour rejoindre Calca et la vallee de l'Urubamba. Cete fois, c'est plus haute montagne avec un premier col a 4500 m, une echarpe de lagunes vertes emeraudes, des lamas, un ciel qui s'ennuage au fil des heures et qui se nettoie comme par magie au soleil couchant. Les sommets se devoilent (Sirhuani, Sawasiray).
On passe une nuit assez glaciale au dessus d'une lagune qui frole les 4600 m. A la nuit tombee, vers 20h, une lumiere tres haut sur le col, sans doute une caravane locale qui prefere la nuit au brouillard.
Le lendemain, lever tres tot pour passer l'abra (le col) avec le beau temps et c'est une grande reussite ; on passe au pied des glaciers majestueux du Sawasiray, 5800 m de sucre glace. On se croirait presque dans les Ecrins. La principale difference de visu, c'est l'aspect beaucoup plus charge de glace des sommets, avec des cannelures presque verticales et des champignons de glace qui donnent du relief aux sommets.
Petite escalade sur un sommet rocheux a droite du col, a presque 5000. La vue est geante sur l'ensemble des sommets de la cordillere, sur la mer de nuages flottant sur la jungle, et meme sur l'Ampato, un sommet pres d'Arequipa, a quelques centaines de km, qui nous a accompagne un moment par la bas. Deux colibris passent au sommet...
Grand moment de contemplation en dessous du col, parmi les touffes vertes de poposa et duveteuses de puña, quasiment les seuls vegetaux remarquables aptes a pousser a ces altitudes.
On descend a regret vers la civilisation, la route, mais aussi la douche chaude et la biere fraiche, a quelques heures quand meme. Vaste descente donc, plus de 2000m de lagunes, de pampas, de forets, de chemin fort bien trace (car ici les chemins de montagne ne servent pas qu'aux randonneurs du dimanche).
Etape a Calca fort agreable, ou on dort dans un patio fleuri avec en pot quelques emanations de la jungle.
Le lendemain, un bus nous emene a 10 km de la, pour entamer la derniere traversee de 2 jours en direction de Cusco. Une chaude et seche grimpette de 3 h nous emmene a un site inca, le "Petit Cusco", ou on goute avec plaisir les retrouvailles avec ces sacres monuments aux pierres finement taillees, et les terrasses, habitations populaires et auberge qui inevitablement accompagnent les temples et demeure royale. Ici gravite un genre de touriste particulier, le touriste "mystique", qui, a l'entree du site prononce des incantations a la Pachamama et aux ancetres "Hola Papa, Hola Mamma, Hola Abuelita", et qui joue de la flute.
On continue ensuite la montee le long du sentier inca, qui mene au prochain village traditionnel a travers un petit canyon a l'ombre duquel il fait bon ne pas suer. Une porte inca clot la gorge et le village, etrangement desert et silencieux, dispose lui aussi de quelques vestiges historiques. Un groupe de francais descend et s'esclaffe a la vue de nos bottes arrimees sur les sacs.
On poursuit a travers la montagne seche et tres cultivee pour rejoindre le village plus vivant de Patabamba, ou le topo nous invite a faire etape chez un chef muletier et sa femme. On entre dans le village a la suite d'un troupeau melant indistinctement vaches, cochons, moutons, et leurs petits, conduits au bercail par deux charmantes petites filles et leur grand mere.
L'ambiance chez Mamerto est hyper rustique mais on a quand meme le luxe de disposer d'eau chaude et d'une chambre a part. Le soir, on dine dans la cuisine avec la famille (le papa est en trek). La cuisine est en fait une maison a part avec son atre en adobe et ses cuys qui couinent, les cochons d'Inde, ici un mets tres apprecie les jours de fete, qu'on retrouve invariablement quand on va chez l'habitant.
Le lendemain, pour rejoindre la route de Cusco, il reste a traverser une sierra dessechee, avec un petit detour par une immense lagune, ou les canards, oies, vanneaux cotoient les vaches qui vont chercher dans l'eau jusqu'au cou leur pitance d'algues.
Sur la route, comme toujours, on attend moins de 5 minutes pour qu'un bus s'arrete et nous emmene a bon port.
El Machu Picchu !
C'est decide, malgre les quelques vicissitudes touristiques qui s'annoncent, un pelerinage au Machu Picchu s'impose. Pour s'y rendre depuis Quillabamba, rejoindre Aguas Calientes par Hydro Electrica via Santa Teresa est le plus simple. On loupe le combi de 11 h et on s'entasse dans un taxi avec 3 peruviens qui vont aussi visiter les ruines en direction de Hydro electrica, une usine hydro electrique situee a 10 km de Aguas Calientes. En chemin, on croise nos premiers champs de coca.
A Hydro, la plupart des gens prennent le train (tarif special pour les peruviens, mais ca reste cher...) Nous, on prefere aller a pied le long de la voie ferree, et on n'est pas vraiment les seuls.
Il faut juste se pousser un peu des rails quand un train arrive, et bien calculer son coup pour les ponts et les tunnels. La promenade est en outre assez merveilleuse, a travers la foret humide peuplee de coqs de roche, au fond d'une gorge que dominent les fameuses ruines, orgueil national du Perou.
On arrive a Aguas Calientes au soir, un peu ambiance Deux Alpes, station touristique champignon tres desagreable.
Le lendemain, lever a 4h30 pour monter a pied et arriver avant les premiers bus, pour le traditionnel lever de soleil sur le site. La encore, on n'est pas les seuls a avoir l'idee, et pourtant le brouillard est fort opaque, et de lever de soleil point. Dans la brumasse, la 4eme merveille du monde moderne n'est pas fantastique...
Une petite queue de 1h sous la pluie pour acceder au Wayna Picchu, la montagne en pain de sucre qui domine Machu Picchu. Heureusement, vers 9h, la brume se dissipe et le ciel bleu ne nous quittera plus de la journee. On arpente les ruines en tous sens ; le site est assez etendu mais pas immense, et on y retrouve un concentre des constructions vues dans la vallee sacree, indemne des agressions espagnoles.
En fait, c'est en prenant un peu de recul par la porte du soleil, d'ou arrive le fameux Camino del Inca, que la vue est frappante. Une etrange harmonie se degage de l'ensemble, ces constructions qui font corps avec le dos de la montagne, 600 m au dessus de l'Urubamba, avec le Wayna Picchu si elance en arriere plan. Au bout d'une journee de contemplation, on tombe vraiment sous le charme (et ce n'etait vraiment pas gagne d'avance...).
En fin d'apres-midi, on observe longuement une bande de viscaches peu farouches qui s'ebattent dans les ruines d'habitations, a quelques metres. Et au coucher du soleil, le site est desert et on se fait un peu tirer l'oreille pour quitter le promontoire. On aura rarement passe 11 heures sur un site touristique !
Et pour finir le pelerinage en beaute, 28 km a pied le long des rails vers Ollantaytambo en remontant le rio Urubamba. Eprouvant mais pas si difficile, on apprend a reconnaitre l'arrivee des trains, on frole l'ambiance peu ragoutante du Camino del Inca, on alterne entre la marche sur ballast et l'equilibre sur rail.
Petit a petit, on sort de la foret de nuages pour retrouver la montagne seche de la Vallee Sacree ; les ruines incas jalonnent la marche, et on est recompenses de ns efforts par un site de campement magnifique, au milieu de constructions de defense en "dents de puma" comme a Sacqsaywaman, sous les sommets glaciaires de la cordillere qui se defont de leurs derniers nuages.
A Hydro, la plupart des gens prennent le train (tarif special pour les peruviens, mais ca reste cher...) Nous, on prefere aller a pied le long de la voie ferree, et on n'est pas vraiment les seuls.
Il faut juste se pousser un peu des rails quand un train arrive, et bien calculer son coup pour les ponts et les tunnels. La promenade est en outre assez merveilleuse, a travers la foret humide peuplee de coqs de roche, au fond d'une gorge que dominent les fameuses ruines, orgueil national du Perou.
On arrive a Aguas Calientes au soir, un peu ambiance Deux Alpes, station touristique champignon tres desagreable.
Le lendemain, lever a 4h30 pour monter a pied et arriver avant les premiers bus, pour le traditionnel lever de soleil sur le site. La encore, on n'est pas les seuls a avoir l'idee, et pourtant le brouillard est fort opaque, et de lever de soleil point. Dans la brumasse, la 4eme merveille du monde moderne n'est pas fantastique...
Une petite queue de 1h sous la pluie pour acceder au Wayna Picchu, la montagne en pain de sucre qui domine Machu Picchu. Heureusement, vers 9h, la brume se dissipe et le ciel bleu ne nous quittera plus de la journee. On arpente les ruines en tous sens ; le site est assez etendu mais pas immense, et on y retrouve un concentre des constructions vues dans la vallee sacree, indemne des agressions espagnoles.
En fait, c'est en prenant un peu de recul par la porte du soleil, d'ou arrive le fameux Camino del Inca, que la vue est frappante. Une etrange harmonie se degage de l'ensemble, ces constructions qui font corps avec le dos de la montagne, 600 m au dessus de l'Urubamba, avec le Wayna Picchu si elance en arriere plan. Au bout d'une journee de contemplation, on tombe vraiment sous le charme (et ce n'etait vraiment pas gagne d'avance...).
En fin d'apres-midi, on observe longuement une bande de viscaches peu farouches qui s'ebattent dans les ruines d'habitations, a quelques metres. Et au coucher du soleil, le site est desert et on se fait un peu tirer l'oreille pour quitter le promontoire. On aura rarement passe 11 heures sur un site touristique !
Et pour finir le pelerinage en beaute, 28 km a pied le long des rails vers Ollantaytambo en remontant le rio Urubamba. Eprouvant mais pas si difficile, on apprend a reconnaitre l'arrivee des trains, on frole l'ambiance peu ragoutante du Camino del Inca, on alterne entre la marche sur ballast et l'equilibre sur rail.
Petit a petit, on sort de la foret de nuages pour retrouver la montagne seche de la Vallee Sacree ; les ruines incas jalonnent la marche, et on est recompenses de ns efforts par un site de campement magnifique, au milieu de constructions de defense en "dents de puma" comme a Sacqsaywaman, sous les sommets glaciaires de la cordillere qui se defont de leurs derniers nuages.
samedi 4 août 2007
Incursion dans la jungle
Depuis Ollantaytambo, et sa vallee aride et pleine d'histoire, nous rejoignons la selva de Quillabamba. Le bus nous fait traverser la cordillere en une journee, avec une petite heure a pied pour franchir un glissement de terrain : dans une chaleur moite, environ 200 personnes se croisent avec bagages et enfants sur un sentier de fortune qui relie deux bouts de piste... une scene assez surrealiste ; nos voisins de bus, comediens de rue, transportent une sono avec une grosse enceinte.
Le voyage est spectaculaire, on devale le versant Est des Andes, en foret vierge, les roues au bord du vide, pour arriver dans les plantations de cafe, de cacao, d'agrumes, de bananes, jusqu'a Quillabamba, porte de la jungle, a 1000 m d'altitude. Le petit dejeuner ici s'agremente de bananes grillees et de yucca : le cafe (c'est ici qu'il est le meilleur entend-on dans la rue) est servi comme a Lima avec une solution concentree a diluer dans de l'eau chaude, et cette fois ci c'est tres bon.
De la, direction Huancacalle, petit village a 3000 m d'altitude, a 4 h de Quillabamba en combi. On quitte les moustiques et la chaleur, mais des mouches nous assaillent, qui piquent bien rond bien profond. La montagne est ici tres verte, couverte de grands arbres ou perchent des sortes de poules malhabiles.
On y visite les ruines Incas de Vitcos, avant derniere ville construite a la va-vite par l'Inca fuyant les espagnols. C'est en fait un tout petit village, avec d'un cote les maisons des nantis, de l'autre les habitations populaires, et une grande maison de reunion pour discuter de la vie. Un peu plus loin, il reste des terrasses, quelques gros blocs soi disant tombeaux d'un chef et de sa femme, un cadran solaire, une guillotine. Tout proche, le site de la Nusta Hispana est centre autour d'un gros bloc sculpte, au sommet duquel les futures petites amies de l'Inca urinaient afin de prouver leur virginite...
La region essaye de developper un peu le tourisme, pour l'instant assez inexistant, en jouant sur les ruines incas, la jungle plus bas, et meme sur le Macchu Pichu, scandaleusement approprie par Cusco alors qu'on s'y rend encore plus vite depuis ce cote ci des Andes. A Huancacalle, on rencontre l'excellent Freddy, qui joue un peu le role d'animateur local, et qui nous met les idees en place sur certaines choses comme l'education (les difficultes d'envoyer les gamins a l'ecole, mais surtout de leur faire poursuivre a l'universite, payante), la precarite de la vie dans les montagnes loin des villages, les conditions de vie des paysans les moins bien lotis...
Heureusement, des italiens tres catholiques sont la, et ont construit une mission au village au dessus ; ils animent des cours parascolaires, un atelier de menuiserie, de tissage, et donnent des cours de foot. Ils accueillent meme les voyageurs de passage comme nous, au depart de la marche quasi mystique de 4 jours qui mene a Espiritu Pampa.
Espiritu Pampa, la plaine des esprits, est le dernier refuge du dernier Inca rebelle a la couronne d'Espagne. Le site est perdu dans la foret de nuages, a peine deflore de sa vegetation, a 1400m d'altitude.
De Huancacalle, il faut rejoindre un col puis plonger vers l'Est, dans un magma vert qui s'epaissit peu a peu, ou les especes vegetales se succedent progressivement, ou la temperature monte... Des bromeliacees epiphytes, des fougeres, des mousses, des lichens croissent dans les arbres, qui parfois lancent des lianes ou des racines pour mieux s'accrocher au sol. Et puis, on decouvre dans leur milieu naturel toutes ces plantes qu'on expose en pot chez nous comme les philodendrons, specialises dans l'escalade des troncs, les begonias en fleur, les oiseaux de paradis et tant d'autres qu'on ne sait pas nommer. Certaines fougeres arborescentes deploient leurs feuilles en palmiers tres haut au-dessus du sol.
La marche est principalement en descente, mais pas si facile. Certaines fois, on joue les montagnes russes pendant des heures, avec des remontees eprouvantes, parfois en plein cagnard... Car la foret vierge n'est pas toujours vierge, et on y pratique un peu la culture sur brulis (bananes, yucca, cafe, cacao, achiote). D'autres fois, on se fraye un chemin dans une vegetation moite, un sous bois de bambous et de lianes.
Premiere etape sur le chemin a Ututu, ou des villageois sont en train de finir un petit hospedaje en bambous. On y passe la nuit sous tente, et le maitre des lieux, Edwin, nous emmene faire un tour a proximite, pour nous montrer des vestiges Incas non encore defriches, qu'il a lui meme decouverts et c'est sans doute vrai !
Le deuxieme soir, on se pose sur deux metres carres de terre battue a proximite d'un groupe de maisons rustiques habitees a demeure par deux familles de campesinos, dans un isolement reellement effrayant, au milieu de pentes raides et noyees dans une foret un peu agressive...
Par endroits, la foret est vraiment bien vivante, avec des cris et des chants d'oiseaux. On a parfois l'impression qu'ils nous appellent ou alors qu'ils se foutent de nous. De temps en temps on arrive meme a les voir, souvent tres colores mais toujours sombres pour se fondre dans la vegetation ; perroquets, toucans, coq de roche, cacique, rapaces divers, passereaux encore plus divers, et encore cette espece de poule debile.
A la fin du troisieme jour, un peu extenues par la chaleur et les montees descentes, on atteint les ruines, desertes. On y descend par deux bons milliers de marches d'un escalier ceremoniel. Une esplanade herbeuse ou se dressent des arbres gigantesques, des cris d'oiseaux qui s'enervent pour le soir. On rejoint le palais royal a travers un tunnel vert ; la derniere demeure de l'Inca est fort modeste, mais l'ambiance est rendue fantastique par la foret impitoyable, qui prend possession ou qui protege les pierres. Dommage que les systemes hydrauliques n'aient pas tenu le coup, car il n'y a pas d'eau et on se rabat sur le stade de foot de l'ecole a 30 mn de la pour dormir.
Il faut encore une grosse journee de marche pour rejoindre le premier gros village, Chuanquiri, ou on attrape par grande veine un camion qui descend sur Kiteni, la premiere petite ville d'un Perou qu'on ne connaissait pas encore (basse altitude, chaleur et torpeur, un peu une ville pionniere, c'est une base d'exploitation de gisements de gaz).
A Kiteni, on passe quelques heures a se restaurer et a tergiverser sur la suite. Finalement, on attend jusqu'a 23h le bus qui amene a Ivochote, a 30km et 3 heures de la, terminus des transports terrestres avant la foret amazonienne.
L'arrivee a 2h du matin est assez surrealiste ; comme la route s'arrete avant l'entree du village, au niveau d'un pont suspendu sur l'Urubamba, le bus fait demi tour, remonte cent metres, se gare et eteint toutes ses lumieres. Tout le monde reste dans le vehicule et le chauffeur nous conseille de dormir ! On sort quand meme du bus pour rejoindre un hotel, mais comme la plupart des gens repartent en pirogue vers 7h du matin, pour eux c'est plus economique de rester dans le vehicule !
Le lendemain, on se promene autour d'Ivochote en admirant encore la vegetation, aussi bien dans les plantations que dans la foret primaire assez proche du village. Il faudra encore attendre une nuit pour qu'on puisse embarquer a bord d'une pirogue, belle embarcation longue de 10 metres et tres fine, a moteur hors-bord, qui se dirige "adentro" et meme jusqu'a Pucallpa !
On y navigue environ 3 heures et c'est assez impressionnant car la riviere est loin d'etre sage, avec des sections en rapides. Sur un des passages delicats, le capitaine fait debarquer tout le monde, et on rejoint la "lancha" par la rive.
On debarque apres le Pongo de Manique, une section en canyon particulierement turbulente, et particulierement spectaculaire avec grosses vagues et cascades en voile de toutes parts. Rolando, dont on avait eu contact a Kiteni par l'intermediaire du beau frere de la soeur de son neveu, nous accueille avec sa famille dans ce qu'on appelle ici la maison d'Abel Ugarte. Un batiment sommaire au milieu de plantations qui ont vecus des jours meilleurs, un peu d'herbe pour la tente, une source. Tres rustique, mais on y passe une journee et une nuit tres agreables. Rolando nous explique la foret vierge environnante, particulierement magnifique, nous montre une mare aux caimans (tres discrets, les caimans) au dessus de laquelle s'ebattent un groupe d'Hoazin, un gros oiseau vraiment etrange, aux cris cacophoniques, a la huppe ridicule, au vol maladroit, qui broute les arums geants d'un air inquiet. On croise aussi avec un peu d'apprehension un serpent de plusieurs metres (pas mechant selon Rolando), on trouve un nid d'engoulevent, on regarde couler le fleuve, on mange poisson sur poisson avec du yucca et du riz...
Malheureusement, il se met a pleuvoir et le voyage de retour en pirogue est un peu terne ; on voyage a cote d'un poisson chat de 20kg, peu bavard. Puis retour a Quillabamba avec le bus le plus lent du monde, et retour vers la montagne, ce sera pour le post suivant !
Le voyage est spectaculaire, on devale le versant Est des Andes, en foret vierge, les roues au bord du vide, pour arriver dans les plantations de cafe, de cacao, d'agrumes, de bananes, jusqu'a Quillabamba, porte de la jungle, a 1000 m d'altitude. Le petit dejeuner ici s'agremente de bananes grillees et de yucca : le cafe (c'est ici qu'il est le meilleur entend-on dans la rue) est servi comme a Lima avec une solution concentree a diluer dans de l'eau chaude, et cette fois ci c'est tres bon.
De la, direction Huancacalle, petit village a 3000 m d'altitude, a 4 h de Quillabamba en combi. On quitte les moustiques et la chaleur, mais des mouches nous assaillent, qui piquent bien rond bien profond. La montagne est ici tres verte, couverte de grands arbres ou perchent des sortes de poules malhabiles.
On y visite les ruines Incas de Vitcos, avant derniere ville construite a la va-vite par l'Inca fuyant les espagnols. C'est en fait un tout petit village, avec d'un cote les maisons des nantis, de l'autre les habitations populaires, et une grande maison de reunion pour discuter de la vie. Un peu plus loin, il reste des terrasses, quelques gros blocs soi disant tombeaux d'un chef et de sa femme, un cadran solaire, une guillotine. Tout proche, le site de la Nusta Hispana est centre autour d'un gros bloc sculpte, au sommet duquel les futures petites amies de l'Inca urinaient afin de prouver leur virginite...
La region essaye de developper un peu le tourisme, pour l'instant assez inexistant, en jouant sur les ruines incas, la jungle plus bas, et meme sur le Macchu Pichu, scandaleusement approprie par Cusco alors qu'on s'y rend encore plus vite depuis ce cote ci des Andes. A Huancacalle, on rencontre l'excellent Freddy, qui joue un peu le role d'animateur local, et qui nous met les idees en place sur certaines choses comme l'education (les difficultes d'envoyer les gamins a l'ecole, mais surtout de leur faire poursuivre a l'universite, payante), la precarite de la vie dans les montagnes loin des villages, les conditions de vie des paysans les moins bien lotis...
Heureusement, des italiens tres catholiques sont la, et ont construit une mission au village au dessus ; ils animent des cours parascolaires, un atelier de menuiserie, de tissage, et donnent des cours de foot. Ils accueillent meme les voyageurs de passage comme nous, au depart de la marche quasi mystique de 4 jours qui mene a Espiritu Pampa.
Espiritu Pampa, la plaine des esprits, est le dernier refuge du dernier Inca rebelle a la couronne d'Espagne. Le site est perdu dans la foret de nuages, a peine deflore de sa vegetation, a 1400m d'altitude.
De Huancacalle, il faut rejoindre un col puis plonger vers l'Est, dans un magma vert qui s'epaissit peu a peu, ou les especes vegetales se succedent progressivement, ou la temperature monte... Des bromeliacees epiphytes, des fougeres, des mousses, des lichens croissent dans les arbres, qui parfois lancent des lianes ou des racines pour mieux s'accrocher au sol. Et puis, on decouvre dans leur milieu naturel toutes ces plantes qu'on expose en pot chez nous comme les philodendrons, specialises dans l'escalade des troncs, les begonias en fleur, les oiseaux de paradis et tant d'autres qu'on ne sait pas nommer. Certaines fougeres arborescentes deploient leurs feuilles en palmiers tres haut au-dessus du sol.
La marche est principalement en descente, mais pas si facile. Certaines fois, on joue les montagnes russes pendant des heures, avec des remontees eprouvantes, parfois en plein cagnard... Car la foret vierge n'est pas toujours vierge, et on y pratique un peu la culture sur brulis (bananes, yucca, cafe, cacao, achiote). D'autres fois, on se fraye un chemin dans une vegetation moite, un sous bois de bambous et de lianes.
Premiere etape sur le chemin a Ututu, ou des villageois sont en train de finir un petit hospedaje en bambous. On y passe la nuit sous tente, et le maitre des lieux, Edwin, nous emmene faire un tour a proximite, pour nous montrer des vestiges Incas non encore defriches, qu'il a lui meme decouverts et c'est sans doute vrai !
Le deuxieme soir, on se pose sur deux metres carres de terre battue a proximite d'un groupe de maisons rustiques habitees a demeure par deux familles de campesinos, dans un isolement reellement effrayant, au milieu de pentes raides et noyees dans une foret un peu agressive...
Par endroits, la foret est vraiment bien vivante, avec des cris et des chants d'oiseaux. On a parfois l'impression qu'ils nous appellent ou alors qu'ils se foutent de nous. De temps en temps on arrive meme a les voir, souvent tres colores mais toujours sombres pour se fondre dans la vegetation ; perroquets, toucans, coq de roche, cacique, rapaces divers, passereaux encore plus divers, et encore cette espece de poule debile.
A la fin du troisieme jour, un peu extenues par la chaleur et les montees descentes, on atteint les ruines, desertes. On y descend par deux bons milliers de marches d'un escalier ceremoniel. Une esplanade herbeuse ou se dressent des arbres gigantesques, des cris d'oiseaux qui s'enervent pour le soir. On rejoint le palais royal a travers un tunnel vert ; la derniere demeure de l'Inca est fort modeste, mais l'ambiance est rendue fantastique par la foret impitoyable, qui prend possession ou qui protege les pierres. Dommage que les systemes hydrauliques n'aient pas tenu le coup, car il n'y a pas d'eau et on se rabat sur le stade de foot de l'ecole a 30 mn de la pour dormir.
Il faut encore une grosse journee de marche pour rejoindre le premier gros village, Chuanquiri, ou on attrape par grande veine un camion qui descend sur Kiteni, la premiere petite ville d'un Perou qu'on ne connaissait pas encore (basse altitude, chaleur et torpeur, un peu une ville pionniere, c'est une base d'exploitation de gisements de gaz).
A Kiteni, on passe quelques heures a se restaurer et a tergiverser sur la suite. Finalement, on attend jusqu'a 23h le bus qui amene a Ivochote, a 30km et 3 heures de la, terminus des transports terrestres avant la foret amazonienne.
L'arrivee a 2h du matin est assez surrealiste ; comme la route s'arrete avant l'entree du village, au niveau d'un pont suspendu sur l'Urubamba, le bus fait demi tour, remonte cent metres, se gare et eteint toutes ses lumieres. Tout le monde reste dans le vehicule et le chauffeur nous conseille de dormir ! On sort quand meme du bus pour rejoindre un hotel, mais comme la plupart des gens repartent en pirogue vers 7h du matin, pour eux c'est plus economique de rester dans le vehicule !
Le lendemain, on se promene autour d'Ivochote en admirant encore la vegetation, aussi bien dans les plantations que dans la foret primaire assez proche du village. Il faudra encore attendre une nuit pour qu'on puisse embarquer a bord d'une pirogue, belle embarcation longue de 10 metres et tres fine, a moteur hors-bord, qui se dirige "adentro" et meme jusqu'a Pucallpa !
On y navigue environ 3 heures et c'est assez impressionnant car la riviere est loin d'etre sage, avec des sections en rapides. Sur un des passages delicats, le capitaine fait debarquer tout le monde, et on rejoint la "lancha" par la rive.
On debarque apres le Pongo de Manique, une section en canyon particulierement turbulente, et particulierement spectaculaire avec grosses vagues et cascades en voile de toutes parts. Rolando, dont on avait eu contact a Kiteni par l'intermediaire du beau frere de la soeur de son neveu, nous accueille avec sa famille dans ce qu'on appelle ici la maison d'Abel Ugarte. Un batiment sommaire au milieu de plantations qui ont vecus des jours meilleurs, un peu d'herbe pour la tente, une source. Tres rustique, mais on y passe une journee et une nuit tres agreables. Rolando nous explique la foret vierge environnante, particulierement magnifique, nous montre une mare aux caimans (tres discrets, les caimans) au dessus de laquelle s'ebattent un groupe d'Hoazin, un gros oiseau vraiment etrange, aux cris cacophoniques, a la huppe ridicule, au vol maladroit, qui broute les arums geants d'un air inquiet. On croise aussi avec un peu d'apprehension un serpent de plusieurs metres (pas mechant selon Rolando), on trouve un nid d'engoulevent, on regarde couler le fleuve, on mange poisson sur poisson avec du yucca et du riz...
Malheureusement, il se met a pleuvoir et le voyage de retour en pirogue est un peu terne ; on voyage a cote d'un poisson chat de 20kg, peu bavard. Puis retour a Quillabamba avec le bus le plus lent du monde, et retour vers la montagne, ce sera pour le post suivant !
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