Rentres hier a Cusco, on apprend seulement la nouvelle du terrible tremblement de terre qui s'est produit le 15 aout dans la region de Pisco. Dans la ville, les gens se mobilisent pour approvisionner les rescapes en ressources premieres et notamment en eau. Quant a nous, on etait tres loin de l'epicentre. Desoles de n'avoir pas pu poster plus tot pour rassurer les quelques inquiets...
Partis le 6 aout de Cusco, ou on commence a se sentir chez nous, un bus a destination de Lima nous emmene au depart de la route de Cachora, en 4 longues heures tuees a regarder des DVD de series B americaines dont un magnifique panegyrique de la vie de motard romantique et un vraiment tres affligeant Eddie Murphy.
Laches au milieu de nulle part, vers 4000 m, on se sent un peu decales. Il faudra une heure et demi de descente a pied pour rejoindre le village de Cachora. Il parait qu'ici on cultive l'anis mais ce n'est pas la saison de la recolte. Le village est niche au milieu d'une plantation d'eucalyptus, arbres frequemment croises vers 3000 m dans les zones habitees, qui rendent le paysage un peu tristounet, debarrasse de sa vegetation naturelle.
On dort dans une des nombreuses hospedajes sous un ciel bourgeonnant. On sent que le village se developpe et prend de l'ampleur ; l'ambiance pourrait vite tourner a l'aigre atmosphere d'Aguas Calientes, car ici on n'est qu'a 2 jours de marche de ruines incas fameuses, Choquequirao, dont la mise a jour a commence vers les annees 1980 et se poursuit encore aujourd'hui. Au petit dej au restau du coin, on nourrit un perroquet domestique qui semble beaucoup apprecier les "petit beurre" peruviens.
En route pour Choquequirao, "berceau de l'or" ! On suit d'abord plus ou moins une piste, projetee initialement pour desservir le site mais heureusement abandonnee pour des raisons financieres. Au premier col, la piste se transforme enfin en chemin, tres bien trace, large et tres poussiereux, avec meme des bornes kilometriques et on decouvre une premiere vue des ruines, accrochees a une crete au loin. Tout en bas, il faudra franchir le torrent de l'Apurimac, qui s'est creuse un canyon digne de ceux du Colca.
On rejoint ici aussi nos premiers touristes, des espagnols excites, avec la suite habituelle "muletier(s), cuisinier(s), mules, chevaux et guide". La descente est chaude et poussiereuse, surtout quand on croise les mules, et la vegetation est d'abord un peu desolee car le versant a subi des incendies. Plus bas, des arbres rigolos, sans feuilles ni fleurs, avec un fruit laissant echapper une touffe de simili coton et decores de lichens barbus et chevelus. Ils hebergent aussi des familles de bromeliacees, des sortes de petits agaves vert-rouge. En chemin, une oasis-campement donne de l'ombre, de l'eau et des gazeosas a volonte. L'atmosphere d'un coup devient tropicale : papayers, manguiers, bananiers, chirimoya, mouches piquantes.
Au rio, il faut s'enregistrer au puesto de control. Un hotel est en construction a proximite. On se demande si bientot un "chemin de l'Inca" bis ne va pas naitre ici, vu l'affluence et les infrastructures. Apres nos 1500 m de descente et un enorme dejeuner (comme souvent sandwich thon- avocat- mayo), dans un elan de courage on entame la remontee tres chaude vers Santa Rosa, ou vivent quelques familles qui ont amenage des plate formes de camping et servent des cenas.
Le lendemain, on part assez tot pour monter (encore) a la fraiche jusqu'au site. L'arrivee a Choquequirao est somptueuse, les ruines mises a jour sont moins etendues qu'a Machu Picchu, mais le cadre est magique et sauvage : sur un col, a la frange d'un beau reste de foret primaire, trois terrasses monumentales plantees de venerables acajous servent de soubassement a une grande place bordee d'un groupe de maisons de plusieurs etages ; sur la gauche, une colline a ete arasee sur plusieurs metres pour jouer le role d'observatoire astronomique (dit-on) ; au dessus, des constructions plus basses, greniers et temple. Tres loin en contrebas de part et d'autre de la crete, de magnifiques terrasses agricoles sont en cours de restauration ; certaines sont curieusement decorees de llamas dessines avec des pierres blanches incrustees... On imagine assez bien le reste, noye dans la vegetation. Le tout est perche a pres de 2000m au dessus de l'Apurimac et du Rio Blanco, sur une pente vertigineuse, et sous le regard des glaciers, encore 2000m au dessus. Malgre l'impression de ne pas vraiment marcher tous seuls pour y arriver, le site est en fait peu visite : une trentaine de personnes ce jour la... On y passe donc une bonne partie de la journee, avant de repartir vers le Nord en direction de Huancacalle, a 4 jours de marche.
Pour ce faire, on redescend largement tout ce qu'on a monte, on se baigne encagoules au rio Blanco pour echapper a d'infectes minuscules mouches piquantes, on remonte dans une poussiere memorable en croisant des groupes de mules qui s'amusent a la remuer tant et plus. Ici, la foret est plus ou moins absente (soit c'est trop sec, soit ca a ete incendie), jusqu'a pres de 3200m ou elle reprend ses droits. Puis, on remonte jusqu'a un col majestueusement panoramique, vers 4500, mais on y voit surtout des nuages. Comme on en demande encore, on redescend vers le village de Yanama, magnifiquement isole et a deux jours de marche du premier moteur a explosion. La foret redevient genereuse, et les sommets se devoilent, notamment les presque 6000m du Pusimallo, dont on est en fait en train de faire gentiment le tour en 15 jours ! On est presque a Huancacalle, il suffit de remonter encore une fois a 4500, d'ou le paysage est somptueux (on s'offre un petit sommet en escalade particulierement panoramique, sous le vol des condors). Et bien sur de descendre par un incroyable chemin dalle, inca bien sur, la tres tres longue vallee qui nous ramene a ce village ou on etait passe il y a 15 jours pour aller a Espiritu Pampa.
A Huancacalle, on retrouve avec bonheur l'hospedaje des Cobos, la fameuse cuisine des Cobos, et un petit dejeuner memorable a base de crepes a la banane.
On s'apercoit d'ailleurs qu'on part au bout du monde pour echapper a la routine, et qu'on s'empresse de s'en inventer de nouvelles, comme monter et descendre, manger, dormir. Un vrai rituel... En arrivant a un camp le soir, quasiment a chaque fois entre 16h et 18h, on enchaine immanquablement la douche au torrent ou a la bouteille, le plantage de tente puis son ameublement, la preparation de la bouffe pas tres elaboree (du coup, on mange chez l'habitant des que possible), avec 1/2 l reserve au thermos pour le mate de coca du soir, ingestion du repas, rangement des affaires qui trainent, lavage de dents et au lit... Il est entre 19h30 et 20h...
Court repit, car on repart le lendemain pour trois jours de marche vers Santa Teresa, quasiment sans carte ni topo, et quasiment sans personne a croiser a priori. On se perd un peu sous le Pusimallo et ses abondants glaciers, mais c'est tellement beau qu'on ne regrette meme pas. Le lendemain, on se perd encore un peu sur les cretes, mais presque volontairement. Et on plonge dans la foret de nuages vers Santa Teresa, une spectaculaire descente de 2500m avalee dans la journee ou on passe des poles aux tropiques. La foret est superbe, et nous rappelle Espiritu Pampa ; on y observe meme le coq de roche, un peu grognon mais de pas tres loin. Gros comme une petite poule, noir et rouge, l'oeil bleu, une etrange tete bossue, c'est un des emblemes du Perou. Le rio Sacsara debite en gros bouillons, et il est alimente par quelques sources d'eau chaude. Arrivee un peu vannes a Santa Teresa, au milieu de magnifiques plantations de cafe, bananes, fruits de la passion, sous l'ombre de mimosas geants. On se sent vraiment du cote de la jungle ; les derniers kilometres de piste sont quasiment paradisiaques, si on fait abstraction des mechantes mouches piquantes dont meme les locaux portent les stigmates, et de nos plantes de pied qui demandent grace.
En revanche, ambiance moins classe a Santa Teresa. Le village a ete totalement detruit il y a 9 ans par des crues torrentielles, et reconstruit un peu plus haut ; il est encore en travaux , fait d'adobe et de tole ondulee. Le tourisme commence a sevir, et en particulier quelques allemands bourres la nuit ou on a essaye d'y dormir.
Santa Teresa est fort proche du Machu Picchu, et on y etait rapidement passe en taxi il y a quelques temps. Cette fois ci, on se lance a pied dans une traversee de 4 jours vers le Sud, a travers le Salkantay. On a le moral, car le temps est passe a la brumasse et sur les deux premiers jours, on est assures de croiser pas mal de caravanes car l'itineraire est classique, dans l'autre sens. Les campements sont en voie de se transformer en hotels, les gens ont l'air un peu ahuris de nous croiser avec nos sacs, a contre-sens, et les contacts avec les locaux ne sont pas faciles. En plus, les groupes ont tendance a laisser des dechets sur place. On monte donc a toute vitesse jusqu'a un campement tres sauvage et tres haut, ou les nuages se dechirent miraculeusement dans la nuit : on est en fait au creux de glaciers gigantesques, avec des sommets a plus de 6000m au dessus de la tete.
La journee suivante est gracieuse, exaltante, contemplative et neanmoins exigeante, puisqu'on enchaine deux gros cols qui nous font passer du cote sec des Andes, et qui defendent la pyramide glacee du Salkantay. Sus a la routine, on innove en se concoctant un mate de coca a midi, sur un col a 4900m d'ou on surplombe le bas du glacier. Apres le second col (qui permet en fait de rejoindre le fameux Camino del Inca, mais qui est peu emprunte), c'est l'aventure, seuls avec une trace censee nous accompagner jusqu'a Limatambo ou passent des bus. On s'en sort finalement bien grace au temps tres stable qui nous permet de naviguer a vue. On passe pres du col, vers 4700, notre nuit la plus froide avec gel meme avant le coucher du soleil ! Petite avarie pres du port pour J qui glisse ridiculeusement sur les graviers d'un vague sentier, dans les bras d'un joli mais peu accueillant cactus.
Retour de la routine culturelle et urbaine a Limatambo, avec des ruines, un hospedaje, des repas chauds, etc. Le village est tres calme, assez residentiel et prospere, tres elegant avec ses maisons blanchies aux soubassements de pierres incas. On attrape un bus le lendemain pour rentrer a Cusco (80 km), a la maison, chez les soeurs dominicaines. Bus vide car il n'a pas pu aller jusqu'a Lima, la Panamericaine etant endommagee vers Pisco par le seisme...
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