Festival du lupin à El Bolson ; feria artesanal trois fois par semaine. La vie est concentrée autour de la pièce d'eau : des familles, des ados en bandes, des jeunes couples, des touristes étrangers, dont deux assez drôles, leurs chopes en plastique knorr à la main, piquent-niquent ou font la sieste, jouent de la guitare ou de l'harmonica, participent gaiement aux spectacles de rue, naviguent en pédalo, vendent des bracelets tissés, confectionnent des bijoux avec du métal ou des pierres semi-précieuses. Des groupes de rock country, de musique folklorique ou de flûte de Pan se succèdent sur le gazon arrosé tous les soirs. La feria est le paradis de la grosse laine de mouton tricotée - assez incongrue car la température dépasse joyeusement les 30 degrés, du jus de framboise, de la bière artisanale, des fringues légères et colorées de l'été, jupes patchwork, pantalons afghans, de bibelots divers comme d'affreuses horloges en bois ; il y a un stand tenu par une harpiste qui vend de la musique zen, un stand de musique médiévale "Languedoc", des livres sur la Patagonie, faune, flore et Indiens disparus ou Mapuche, un clown échange des caramels contre des abrazos ; les papilles affamées trouvent aussi leur bonheur odorant, tourtes aux légumes, empanadas al horno, tartes aux fruits, frites, confitures artisanales au sureau ou à la rosa mosqueta (cynorrhodon ou gratte-cul chez nous).
Nora Luca investit le milieu d'une allée, trois jeunes porteños magnifiques, qui jouent de la musique ... des balkans ! Une basse, un gros accordéon, une guitare classique, un beau trio. On aime bien, on va les écouter en concert un soir et acheter leur CD. Leur musique des Pays de l'Est est personnalisée, agrémentée des couacs d'un petit canard de bain en plastique et d'un magnéto qui fait entendre une voix de femme répéter "¿ Holá, qué tal ?" et des bouts de phrases un peu énigmatiques, ça rappelle un peu Yann Tiersen.
Dommage que la ville soit archibondée, c'est encore un peu la galère pour se loger... Dans l'après-midi, une torpeur torride s'abat et immobilise l'activité. Les siestes sur l'herbe s'accumulent, ou bien les gens émigrent vers les rives du rio. La ville s'éveille tard le matin et s'endort tard le soir.
Il paraît que dans les années 70, des hippies du monde entier sont venus s'installer là, juste avant la période de la dictature. L'atmosphère est restée, et l'aspect vestimentaire aussi. Quelques hommes et femmes sexagénaires, peut-être des rescapés de cette époque, occupent des étals à la feria. La ville est devenue mythique pour les nombreux jeunes Argentins bohèmes.
Un p'tit trek de six jours dans la réserve du rio Azul nous emmène un peu plus au frais. Il y a au moins dix refuges, et il faut théoriquement camper là aussi. On échappe à la police de l'entrée en arrivant tard le premier jour, puis on dort de-ci de-là en se cachant au milieu des lenguas ou à la belle étoile sous les coigues.
Beaucoup de monde se promène, avec toujours la même allure bohème. On fait un peu tache avec nos sacs à dos de compet' remplis à ras-bord, nos carlines et nos grosses godasses de marche. On croise souvent des jeunes locaux en sandales ou en tongues, et même un Suisse qui s'est mis à la sauce. Forêts de lenguas, forêts de cyprès de la cordillère, bosquets d'alerces, la végétation évolue selon le versant et la proximité avec le Chili. Du haut des sommets, vers 2000 mètres, on admire encore les Andes et ses volcans, avec quelques condors. Le paysage nous fait penser au Sud des Ecrins, même les Aiguilles d'Arve pointent... Le dépaysement n'est donc pas total, mais l'endroit est quand même agréable et la chaleur réveille les odeurs suaves et parfumées des conifères.
De drôles d'oiseaux (des tapaculos) nous accompagnent le matin. Entre le merle et la poule d'eau, ils ressemblent à de petits gnomes emplumés, avec leur grosse tête ornée de gros yeux. Ils nous tournent autour, l'air inquiet et inquisiteur, en se cachant furtivement derrière les troncs. Le houet-houet est connu par son cri avec lequel il harangue les promeneurs. Il y a aussi le rayadito, une drôle de petite mésange, souvent en bande ou en famille, qui nous harcèle au passage en un pépiement incessant. C'est l'oiseau qui ne respire jamais, et chaque plume de sa queue est ornée d'une longue pointe. Mais toujours pas de puma, et pas vu non plus le huemul, le cerf patagon qui pourtant devrait avoir ses quartiers argentins par ici.
Un refuge-ferme, le Cajon del Azul, est un modèle de petit havre de paix sur le mode bio, potager et verger, prairie, pain maison, bière maison, quelques cochons et quelques poules... Ça fait envie, il ne manque que la mer !
vendredi 8 février 2008
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1 commentaires:
Salut les toutaupif
Un petit bonjour depuis la Guyane, à l'autre bout du continent. Pour nous, c'est bientôt la fin du voyage, on est déjà un peu en France...
Que les vayan bien
Céline et Francois (de Rurrenabaque)
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