dimanche 15 juillet 2007

Ici et la autour del Cusco

Apres Cusco ( El Cusco, meme) et ses merveilles urbaines, ses bieres fabuleuses et l'ambiance torride du couvent des Dominicaines, il nous vient des envies de campagne, voire de montagne.

Comme mise en jambes, on s'en va faire un tour de deux jours depuis les terrasses Incas de Tipon, dediees au culte de l'eau et aux experiences agronomiques precolombiennes. Peu de monde visite le site, mais on est bien les seuls avec des sacs de 15 kg ! Il pluviote gentiment et on s'engage sur un chemin pave en escalier, agremente d'un canal au milieu, pour rejoindre
via quelques villages le sommet sacre de Cusco (le Pachatusan).

On pose un camp en pleine pampa vers 4100m, au milieu des colibris et des caracaras (cherchez un peu ce que ca peut etre). Toilette dans l'eau glacee d'un torrent, au coucher du soleil soit vers 17h30. Diner rapide de pates a la chinoise saveur crustaces (totale reussite apres le fiasco des pates 3 minutes a 4200m au geyser). Coucher rapide car ca caille, on enfile nos couches
et on rentre dans nos duvets. Au matin, ca ne s'arrange pas, la pampa est recouverte de neige. On atteint bravement le sommet (pauvrement 4850m) dans le brouillard. On apercoit
Cusco et son aeroport mais c'est tout... Redescente sur Huasco, dans la vallee, greve des bus,
de fil en aiguille on trouve a partager un taxi avec deux hollandais et on rentre chez les soeurs sans encombres.

Le lendemain, on se faufile entre les defiles de profs en greve jusqu'au depart des bus de
Chinchero, un petit village tout mignon au dessus de Cusco. La, on apprend que c'est la greve,
et de nouveau de fil en aiguille on trouve un taxi pas cher partage avec 4 peruviens, qui nous amene a bon port. Le village est magnifique, mais haut (3800m) et en pente...
On se retrouve a partager l'apres midi d'un atelier de tissage, ou on nous montre les differentes etapes du travail, depuis le lavage de la laine a l'aide d'une racine specifique, jusqu'au tissage proprement dit, en passant par le filage et la teinture en bains de plantes, de cochenilles, de lichens... On reste camper a l'atelier (www.chinchero.com), on partage le diner, et on y revient regulierement les jours suivants ! Pendant les journees, promenades aux alentours, visites du village pose sur des murs incas de belles dimensions. L'eglise, et surtout l'interieur, est magnifique, integralement peint de toutes les couleurs et de toutes les fleurs.

Le dimanche matin, c'est le grand marche, les vendeurs sont pares de leurs costumes locaux, et on se promene entre les stands de plantes aromatiques, de fruits et legumes, de chicha, et
d'artisanat.

Apres le marche, on prend un bus vers Maras (se acabo el paro), un petit village un peu endormi qui ne profite pas autant que Chinchero du tourisme, malgre la proximite de force ruines et sites
naturels. On descend a pied, toujours avec nos 15 kg sur le dos, a travers une allee d'agaves et sous l'oeil de glaciers toujours un peu dans les nuages, vers les salineras. Une source chaude et salee est ici exploitee depuis plus de 700 ans ; elle alimente une myriade de petites bassins tailles dans la pente. Tout est blanc, avec des nuances ocres, vertes, roses, bleues, et des canaux drapes d'etranges concretions.

Vu la pente, on y travaille a la main, et parfois pieds nus, mais il y a peu de travailleurs pour cause de repos dominical. Redescente vers le rio Urubamba, large et paisible, dont un bras mort est rempli de bouteilles en plastique. On rejoint la route, on hele un bus et on arrive dans le tres charmant village d'Ollantaytambo, a moins de 3000m et donc avec une temperature nocturne decente.

Des ruines Incas, terrasses, maisons et temples, surplombent le village, qui a lui meme garde
la structure, les murs, les portes trapezoidales d'avant la conquete...

dimanche 8 juillet 2007

Dans la cite des Incas

Apres l'experience des villages de montagne (ou on a eu tres nettement le sentiment que les personnes qui y vivaient y etaient vraiment bien, particulierement heureux), on retrouve la ville, le bruit, les moteurs de taxis et les mouvements sociaux.

Ces derniers nous perturbent un peu le voyage vers Cusco. Les riverains d'une mine entre Puno et Cusco protestent contre les rejets de l'ouvrage et donc ils bloquent la route (on pourrait en prendre de la graine). Il est prevu aussi que les mineurs eux-memes incessamment se mettent en greve et bloquent eux aussi la route. Mais on decroche un ticket de bus qui passe par un chemin detourne, et en fait plus direct et a priori pas affecte par les barrages, et en route ! Au milieu du desert, un autre barrage est toutefois en train d'etre mis en place ; le chauffeur vire a droite comme un fou, a la barbe des grevistes qui accourent en rigolant, et on s'enfuit par un autre chemin de traverse. On en klaxonne de joie...

Arrives a Cusco sans trop de retard finalement (2 h sur 9 h prevues), ce sont ici les professeurs qui sont en greve ; mais ils nous laissent rentrer en ville. Cusco, c'est il parait une des plus belles villes d'Amerique du Sud (et donc d'Amerique), une ville chic et bourgeoise dans son grand centre, bien nettoyee et bien fliquee, avec des touristes qui debordent de partout, et notamment les israeliens, qu'on n'avait pas encore croises jusqu'ici. L'ambiance est pourtant tres agreable, la ville degage une atmosphere detendue, assez branchouille, vaguement baba, un poil rasta, tres cosmopolite en tout cas.

On se promene dans les rues bordees de maisons blanches en adobe, dont les premiers metres de murs sont souvent empruntes aux constructions incas : de fantastiques murs de pierres qui s'ajustent au milimetre, parfois carrees, mais parfois trapezoidales, parfois plus compliquees avec une dizaine de faces ou plus encore. De nombreuses eglises, qui rivalisent de grandeur, une immense Plaza qui fut plus immense encore, des rues pavees peuplees de taxis et de combis fumants, et quand on prend de la hauteur, on voit la ville qui gravit les pentes tout en couleurs surtout du bleu.

Les escapades aux alentours sont faciles : un coup de minibus nous amene a Pisac, un petit village colonial sur plans Incas, au bord du mythique rio Urubamba, au dessus duquel on s'eleve pour rejoindre les ruines incas de ce qui fut une forteresse, avec des terrasses impressionnantes, qui donnent le vertige tellement leur dessin est regulier et repetitif. Seules celles du bas, qui semblent representer deux seins au bord du rio, tranchent avec cette rigueur mathematique. Plus les monuments approchent les elites de la societe inca, plus leur construction est precise, malgre l'enormite des blocs de pierre utilises. On suit une partie de la visite avec un groupe d'apprentis guides en exercice et examen, avec professeurs. Il y a pas mal de touristes, vrais et faux gringos, mais aussi pas mal de peruviens, et beaucoup de cusqueños en couple car c'est samedi, et ils roucoulent derriere les pierres en attendant la soiree.

Le dimanche, c'est carrement la fete a la campagne ! Les sites incas sont non seulement de hauts lieux touristiques, mais aussi de grands jardins publics, tres vivants, ou on se retrouve en famille pour un pique nique, pour jouer au foot, dans une ambiance assez hilare. On randonne depuis Tambo Machay, bain ceremonial et site de repos de l'Inca jusque Saqsayhuaman, qui jouxte Cusco, un site impressionnant avec d'enormes murailles faites comme des milliers de menhirs juxtaposes, qui s'emboitent au milimetre.

On traverse l'auberge defensive ou se restauraient les guerriers de l'Inca, un village ou tout le monde est reuni autour d'un match de foot, un temple de la lune avec une grotte toute polie et un autel dedie a la Pachamama qui s'eclaire a la lune certaines nuits d'aout, un temple du singe sans singe, un observatoire des equinoxes, pour arriver a un grand Christ tout blanc, replique de celui de Rio.

Au fait, hier c'etait la fete car le Macchu Picchu a ete declare par on ne sait qui la 4eme merveille du monde moderne. Tout le monde etait mobilise a fond par ici, vous suiviez le debat aussi ? Et ce soir c'est la deconfiture, defaite 4 a zero au moins contre l'Argentine... Ca va ca vient !

mardi 3 juillet 2007

de la vallee des canyons a la vallee des volcans

On est tout emus d'avoir vu un documentaire sur Francois Truffaut projete a Arequipa ou on est rentres ce matin apres une nuit eprouvante de bus. Le bus en question nous ramenait d'Andagua, un village un peu paume, certains diraient sinistre, mais quand meme bien chouette avec ses terrasses cultivees et ses cones de vieux volcans, avec au centre de certains crateres des offrandes a la Pachamama et des viscaches, ses canaux d'irrigation et ses coulees de lave dans lesquelles on trouve des ruines preincas.

On a fini la une jolie traversee de 5 jours, depuis Cabanaconde en descendant au fond du canyon du Colca, puis en remontant jusqu'a un col a 5100 m. La remontee etait un peu rude, au fond d'une gorge ensoleillee et chaude, sur un semblant de chemin fort caillouteux, qu'il faut retaper tous les ans a la fin de la saison des pluies. En passant, on a pu constater qu'ils ambitionnent d'y faire passer une route (les travaux avaient commence, a la pelle, a la pioche et au juge, de l'autre cote d'un pont suspendu), ce qui parait hallucinant.

Le soir, on campe sur un terrain de foot a Choco ou l'accueil est si froid qu'on n'ose meme pas demander un repas chaud. Sinon c'est a proximite d'une maison, apres avoir demande la permission. C'est la qu'on rencontre le plus les gens, avec notamment la famille de Flora, une jeune fille qui vit a Miña une partie de l'annee avec ses parents, et qui etudie a Arequipa le reste du temps. On echange des cadeaux, des adresses, et on part a l'assaut de la montagne. On pensait faire une etape gentille de 4-5h pour un bivouac vers 4400m, mais en fait on a enchaine une grosse journee, 1500m de denivele et le fameux col tout d'un coup. C'est que le bivouac en question etait plus ou moins occupe par des vachers de Choco en qui on avait moyennement confiance. Du coup on a bivouaque de l'autre cote du col, parmi les lamas.

On passe aussi au village de Chachas, ou on a droit a un terrain de jeu avec une vue magnifique de chaque cote, sur le village un peu enfume le matin, sur une lagune bloquee par une enorme coulee de lave figee.

Dans tous ces villages, la ferveur religieuse parait moins debridee que dans les grandes ciudades : les eglises sont fermees a double tour, et celle de Choco tombe carrement en ruines.

Pendant ces cinq jours, on a l'impression d'avoir bien amuse les gens qui nous voyaient passer avec nos gros sacs.