Depuis une dizaine d'annees, les habitants de Santa Rosa, a trois heures de bus de Rurre, protegent les abords du rio Yacuma : interdiction de chasser et de penetrer sans guide. Du coup, la faune y est exuberante et tres peu craintive. On rencontre sur place notre guide, Iber, qui travaille hors agence et nous emmene en pirogue pour une escapade de deux jours sur le rio.
L'ambiance est intime car le Yacuma est tres etroit en saison seche : pas plus d'une dizaine de metres de large. On avance tres lentement sous un soleil de plomb pour observer la vie du rivage.
Les oiseaux se bousculent : aigrettes, herons colores, martins pecheurs, rapaces ... Les jacanas aux longs doigts picorent parmi les familles placides de capibaras, un gros rongeur de la taille d'un sanglier. L'anhinga, une espece proche du cormoran au long cou de serpent et au bec comme un poinçon, peche ou se repose dans les arbres. Le haut de son corps tres clair contraste avec son ventre qui semble avoir ete trempe dans une encre noire. Les hoatzins ou sereres, deja rencontres dans la selva, braillent en groupes dans les feuillages ou ils s'ebattent maladroitement. Ils se laissent observer comme tous les autres animaux du rio, a quelques metres, en nous fixant de leurs grands yeux maladroits. Le jabiru, une enorme cigogne blanche au bec massif et au goitre rouge pendouillant, trone sur son nid haut perche en surveillant ses petits. Mais les vedettes du fleuve sont les caimans, omnipresents a fleur d'eau, les yeux emergeant a la surface, ou se reposant paresseusement sur les berges. Certains restent fixement la gueule ouverte, comme haletants, sans bouger. Deux gros specimens d'environ deux metres se jaugent immobiles et se laissent approcher a les toucher. De nuit, leurs yeux scintillent a la lueur des lampes et se refletent dans l'eau. Sur les berges se pressent par endroits des dizaines de bebes crocos qui paraissent nettement moins inquietants que leurs parents.
Des singes habitent des arbres de la rive. On retrouve les petits jaunes, qui montent a l'assaut du bateau pour chercher des friandises, un peu trop habitues a ce genre de pitreries. Plus raisonnables, les singes hurleurs se laissent simplement observer a distance. Leur couleur est ici variable, du blond au noir en passant par le rouge fonce.
Des milliers de tortues, petites, moyennes ou grandes, prennent le soleil sur les bois morts, a la queue leu leu comme des dominos, en equilibre sur leur ventre. A notre passage, certaines se laissent tomber a l'eau, comme des sucres dans le cafe.
L'anaconda restera une legende pour nous, malgre trois heures de recherche dans la pampa, a patauger en bottes dans les marecages qui survivent a la saison seche.
Enfin, totalement incongrus dans cette petite riviere, de magnifiques dauphins jouent dans les meandres les plus profonds. Gris sur le dessus, ils laissent entrevoir le reste de leur corps nettement rose. De temps en temps, leur long bec sort de l'eau dans un bruit d'eternuement. Un peu timides, ils ne viennent pas jouer avec nous quand on se baigne, mais tournent quand meme a proximite. Territoriaux, ils chassent de leur baignoire les caimans, ce qui nous permet de faire trempette, seulement mordilles par de petits poissons. Les pirhanas sont egalement absents de ce genre de piscine, mais on en pechera quand meme deux un poil plus loin ; degustes le soir grilles, excellents.
Accessoirement, cette visite nous donne l'occasion de tester la tente de montagne en conditions tropicales : deux suees memorables, surtout la fois ou pour echapper aux moustiques, on l'installe dans la chambre de l'hospedaje !
lundi 8 octobre 2007
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