dimanche 14 octobre 2007

A la recherche de l'Altiplano

Depuis Rurre, on s'efforce de revenir sur les Hautes Terres mais on n'arrete bizarrement pas de leur tourner le dos.

L'idee etait de rejoindre Trinidad, a l'est, pour remonter un fleuve dans un cargo charge de hamacs et de bananes, jusqu'a Puerto Villaroel sur la route de Cochabamba. Mais, en arrivant a Trinidad, on s'aperçoit assez vite que ça n'est pas la saison. Les bateaux de charge sont plutot de passage en hautes eaux, vers janvier fevrier. Du coup, il faut encore s'eloigner de notre but jusqu'a Santa Cruz, la metropole regionale de l'est bolivien.

L'escapade nous donne un aperçu de l'etat des pistes entre Rurre et Trinidad, assez inimaginable, et qui ne permet aux vehicules que des moyennes de 20 km/h au mieux, avec quelques transbordements en radeau pour traverser les rios. Au pire, ça ne passe pas du tout.

On prend aussi le pouls du mode de vie des plaines, une deuxieme Bolivie apparemment plus riche, plus tournee vers le Bresil et son mode de vie, on imagine. Les transports publics ont quasiment disparu de Trinidad, ou motos, quads et 4X4 sillonnent les rues. L'elevage a l'air de rapporter gros !


On passe beaucoup de temps sur la Plaza, tres grande et arboree, a observer la vie tranquille des paresseux qui vivent la. On en a decouvert quatre, dont une maman avec son petit accroche autour du cou. Leurs mouvements de grimpeurs experts sont aussi lents qu'on se l'imagine mais ils peuvent quand meme faire du chemin et la place doit leur paraitre etroite. Ils donnent l'impression de nager dans la mer verte des feuillages, avec des mouvements flegmatiques de plongeurs. Tandis qu'on dejeune en bordure de la place, l'un d'eux, un jeune, s'aventure sur une branche fine de mimosa jusqu'a ne plus tenir que par une main. Alors, il reste la, suspendu, absurdement plante a tourner sur lui meme a 1m50 du sol. Au bout de quelques photos, voyant que l'animal est vraiment coince, AJ lui tend une branche morte, a laquelle il se raccroche, comme par reflexe. Mais il ne lache pas son arbre. Alors, J coupe la branche, et le paresseux se retrouve pitoyablement par terre. On l'emmene sur un autre tronc, d'ou il entreprend une promenade assez vive et perilleuse, jusqu'a un magnifique arbre caoutchouc (le ficus elastica qui ne depasse pas trois metres de haut dans les pots chez nous), ou il finit par se restaurer.

On assiste aussi a un joyeux defile des ecoles de Trini, avec costumes colores ou couverts de perles, fanfares, danses et coiffures de plumes.

Ce n'est pas que Trinidad soit la plus belle ville du monde, mais on est quand meme content d'y etre arrive. Depuis Rurre, 5 heures de camionnette sur une piste cassante nous ont amenes a San Borja, ou l'etape est obligatoire car aucun transport ne part dans l'apres midi. Ce petit bled ne doit pas souvent voir des gringos, car les habitants nous devisagent froidement dans la rue et certains se retournent meme sur notre passage. On y cherche un hotel en vain, tout est plein (et cher) car c'est la fete du village. On essaie le stop pour s'echapper, car on ne se sent pas bien ici, mais en deux heures, pas un vehicule ne s'arrete (mais pas un ne passe non plus dans notre direction). Heureusement, les gardes de la reserve du Beni nous hebergent dans une espece de centre administratif. Ils sont un peu bourres, et nous laissent les cles pour y retourner. On dort sur deux tables, a l'exterieur, car il n'y a pas de chambres et que la chaleur est trop pesante pour s'enfourner dans la tente.

Cinq heures plus loin, le village de San Ignacio de Moxos nous plait beaucoup plus, avec sa belle eglise recente de style mission jesuite, son artisanat delicat, ses maisons colorees aux toits de tuiles, ses ruelles pavees de briques et des regards moins inquisiteurs. Non loin du village, la lagune est un joli but de promenade dans la pampa et ses marecages. Deux jeunes filles argentines y campent au mepris des tabaños, en tissant des bracelets pour financer leur voyage vers le Venezuela. Le voyage "artisanal" a l'air d'etre une institution chez les jeunes Argentins. Sur les traces du Che ?

A grosses gouttes, a flots, la pluie se met a tomber, et menace de nous coincer ici pour un temps indefini, ce qui serait un peu embetant, car on n'a plus de sous et pas possible d'en retirer ; quant a nos ressources "artisanales", elles sont encore trop embryonnaires.

Le camion qui nous sort de l'auberge et nous emmene a Trinidad a du etre le dernier a passer pour un moment. Depuis, il pleut toujours et la piste est devenue impraticable.