Vue depuis l'Europe, la destruction de la foret amazonienne fait figure de pesant lieu commun, a coup de statistiques tellement incroyables qu'on finit par s'y habituer. En voyageant dans les regions parmi les plus preservees d'Amazonie, la legende prend forme et s'incarne un peu cruellement.
En lisant nos deux derniers messages, on pourrait s'imaginer un paradis tropical sans limites. Mais des endroits comme ceux qu'on a ete visiter autour de Rurre, il en reste finalement sans doute assez peu. Et les tronçonneuses les convoitent, les routes menacent de les traverser. Apparemment, beaucoup de locaux (ceux qui ne vivent pas du tourisme) n'attendent que ça. Les espaces non proteges paraissent aussi subir une forte pression de chasse et de capture. Singes, perroquets, toucans sont vendus illegalement pour devenir des animaux de compagnie.
De part et d'autre des pistes, entre Rurre et Trinidad, la foret a tout bonnement disparu, remplacee par des paturages a perte de vue. Des estancias a l'air prospere les jalonnent, alors que le feu ravage encore certaines zones. Ailleurs, des brulis recents avec les silhouettes tordues des arbres calcines. Seuls des palmiers paraissent resister aux assauts des flammes, parfois.
En venant de La Paz, on croise de nombreux camions charges d'immenses futs ainsi que les scieries qui les debitent. Apres Rurre, des troncs geants sont empiles sur les bords des routes, ici et la.
Et ou s'en va le bois charge dans les camions ? Sur le marche local en partie, mais a l'exportation pour beaucoup. De tels milieux qui se transforment en planchers pour les terrasses, en salons de jardin, ou en fenetres, c'est vraiment trop beau. Vive le progres ! Apres 20 000 km en avion pour raconter tout ça, on ne voudrait pas donner des leçons... mais si ce message permet d'eviter l'achat d'un meuble ou de trois fenetres en bois exotique, ce sera deja ça !