mercredi 12 septembre 2007

Escale mediterraneenne

On quitte Cusco a regrets, surtout qu'on vient de denicher un cineclub juste en face de notre logis, et on se repait de la seance de fin aout, pendant 5 h, a visionner des courts metrages hispaniques et 2 films : Edward aux mains d'argent et la Vie des Autres, car la thematique du mois c'est le voyeurisme, l'espionnage, le regard. Drole de coincidence : La Vie des Autres, c'est justement le dernier film qu´on a vu en France, en bonne compagnie, au cineclub du Bourget du Lac.

Pour feter dignement notre depart de cette ville mythique, il a fallu faire la tournee des boites, histoire de se dandiner un peu : 3 ambiances differentes, l'une salsa branchouille puis disco, l'autre trip hop latino populo et la troisieme carrement new yorkaise. On croyait que les gringos avaient quitte Cusco, mais en fait ils vivent la nuit, a la Mama Africa ! Ici on danse la salsa portoricaine et pas cubaine, et J a du mal a assurer avec ses danseuses peruviennes.

Direction Puno, ou souffle un air de Patagonie, avec le vent froid et la mer toute proche : il semble bien que la saison des pluies soit en train de prendre possession de l'altiplano. La ville nous parait un peu miteuse, surtout apres deux mois de Cusco... Seule la cathedrale, qu'on visite de loin pendant l'office, en meme temps que deux chiens qui se battent et aboient, detonne par son apect massif et baroque. Il y a aussi la casa du Corregidor, petite enclave charmante orange vif et fleurie qui abrite un magasin de commerce equitable. Les chulpas de Cutimbo (tombes incas et preincas en forme de tours monumentales) nous attirent l'espace d'une apres midi. On s'y promene seuls, au sommet d'un plateau volcanique isole au milieu d'une grande plaine, en essuyant un orage de grele memorable. A la base du plateau, quelques peintures rupestres figurant vaguement des lamas... pas du niveau de la grotte Chauvet !

Le soir, on se fait aguicher par les entraineuses de rue dans un restau "touristique" infect avec soupe en sachet, truite avariee et legumes congeles, ingredients qui dans la nuit se transforment en tourista petante dans l'estomac d'AJ. On regrette cette entorse a la routine ; d'habitude, on dine dans des restau populaires a plat unique, la cena, composee immanquablement d'une tres souvent delicieuse sopa et d'un segundo a base de frites et de riz, agremente de poulet ou d'une autre viande.

Malgre tout, le lendemain, AJ se traine au port (en velo-taxi bien decore), ou on embarque en direction de la peninsule de Llachon. Il a fallu negocier dur car ce n'est pas la destination traditionnelle : le bateau, qui dessert les iles d'Amantani et de Taquile, doit faire un detour pour nous deposer.

AJ, recroquevillee au fond du bateau, somnole pendant que les roselieres defilent ; escale obligee aux fameuses iles flottantes Uros. Elles abritent chacune plusieurs familles, et sont faites de couches superposees de roseaux (le totora), qui reposent sur un socle de tourbe, lui-meme accroche au fond du lac. Le tout est fort moelleux, tres agreable pour s'allonger et glandouiller au soleil. Vers midi, le bateau nous depose pres de Llachon, ou on trouve facilement un hebergement chez l'habitant : une bonne partie des maisons disposent d'une annexe a usage touristique, tres bien construite et tres agreable, avec petite cour, rosiers et vue sur la mer. Notre hote, qui voit bien qu'AJ va mal, nous sert d'office un mate de muña, fleur blanche des talus reputee soigner les maux de ventre. Au cas ou, il nous laisse aussi quelques feuilles de coca !

Presque trois jours se passent tranquillement, mais peu agreablement pour AJ dont l'etat ne s'arrange pas franchement. On reussit quand meme a se promener un peu ensemble, au ralenti, dans un univers tres mediterraneen : garrigue, terrasses, iles pelees, flots bleus a perte de vue. On s'imagine tout a fait au bord de l'Adriatrique, avec moins d'allemands. Quelques voiliers charges de totora effleurent les eaux du lac ; pas mal de petits bateaux a moteurs aussi, pour le transport de passagers. Le matin et le soir, les barques colorees sortent a la rame pour relever les filets. L'atmosphere est calme, detendue, la vie s'ecoule paisiblement.

Retour a Puno par voie terrestre (une roue crevee, une !) ou on passe encore une nuit bien obliges car il faut aller voir le medecin magicien, qui guerit AJ en 10 pilules, et on se prepare a changer de pays. On s'attendait a des formalites penibles, a des douaniers grognons voire vereux... et pas du tout. Le passage de frontiere le plus agreable de notre vie. Le bus nous depose devant les douanes peruviennes, et nous recupere 200 m plus loin apres les douanes boliviennes. Entre les deux, c'est la fete, la foire internationale de Yunguyo, avec une multitude de vendeurs ambulants de n'importe quoi et des defiles. La route est bloquee un bon moment par la procession des transporteurs, qui defilent en fanfare et en grands habits, danse et musique. Beaucoup de danseurs, hommes et femmes, sont deguises de masques grotesques et de chaussures carnavalesques, et jouent d'une crecelle en forme d'autobus !

De l'autre cote de la frontiere, c'est Copacabana (en Bolivie!) ; petit depaysement malgre la langue qui ne change pas, dans les details des rues, des batiments, des conversations, des vehicules et notamment les bus qui ont ici l'air tres debonnaire des vieux Dodge.

L'Isla del Sol est la destination incontournable, a 2h en vedette depuis Copacabana. On s'y achemine a pied en longeant la peninsule, en traversant des collines seches parfois plantees d'eucalyptus, des petits villages de bord de mer, avec des barques en totora sur la greve et de jolies petites baies plantees de roseaux. Le relief est a la fois doux et brutal, on deniche un petit bout de camino Inca... Au bout de la presqu'ile, a Yampupata, un passeur nous amene a la pointe sud de l'ile a la rame, en insistant bien pour nous montrer que ca le fatigue et qu'il apprecierait 5 Bolivianos en supplement... Sur l'Isla del Sol, ambiance encore plus tranquille, les odeurs de maquis sont saisissantes, et depuis la crete, la vue est panoramique sur le lac, sa rive peruvienne, et les grands sommets de la Cordillere Royale de l'autre cote. Non loin, la petite Isla de la Luna a des allures de Scandola, avec son pan de falaise rouge vif. De gros nuages s'ammoncellent cependant toute la journee, et le soir vers 20h, c'est invariablement la pluie et l'orage. On en essuie notamment un effroyable en milieu de nuit, avec des deflagrations si proches que ca nous donne "les abeilles". Le Lac a un cote Dr Jekyll et Mr Hyde, tres calme, d'huile, chaud et ensoleille le jour, et bruyant, sombre avec des clapots quand vient le soir. On y passe trois nuits, en campant sur trois plages differentes, assez idylliques ; J arrive meme a piquer une tete dans l'eau assez fraiche, un soir. L'atmosphere est a la detente dans un univers vraiment attachant : les terrasses, les rochers, l'eau en contrebas, les ilots alentours, dessinent un camaieu de couleurs pastels, tres douces. Pas un insecte malfaisant. L'Ile a une forme de vaisseau spatial, avec des recoins tres sauvages, des pointes tres effilees, des baies profondes et sablonneuses, et tout un versant tres habite. Ses dimensions sont faibles, mais on y fait un petit bout de chemin, avec moultes montees et descentes entre la cote a 3800m et les cretes a 4100... Sur une plage du bout de l'ile, sous les ruines preincas du Labirinto, on rencontre un campeur solitaire flamand et voyageur au long cours, Ton, qui passe ici des jours tranquilles "a ne rien faire". Il se dirige comme nous vers la Patagonie...

Cette escale ensoleillee avait des airs de vacances dans les vacances. L'arrivee pluvieuse et froide a La Paz est deboussolante, et fait quant a elle un peu rentree scolaire : bruit, foule, etendue urbaine, trafic dans les rues en pente.

1 commentaire:

JM et A. a dit…

Des photos! Des photos.